La fanfare d'Athée

1899

Livre XVII
Une année mémorable
1899
A Nitray

        Le premier Janvier 1899, fut marqué par une sortie de la Fanfare au Chateau de Nitray. Après avoir donner une aubade comme chaque année au domicile de M. le Maire, la Société se rendit vers trois heures, au chateau de Madame la baronne Liébert de Nitray pour lui offrir ses voeux et la remercier de sa cotisation annuelle.
        Il faisait un temps plus que douteux, et deux fois les musiciens reçurent des averses. En arrivant au chateau ils furent félicités de leur courage, on les fit sécher par un grand feu qu'on alluma dans la lingerie, et là après un bon verre de vin blanc, et une légère collation, ils jouèrent quelques beaux morceaux de leur répertoire.

Sortie mouvementée

        Ils revinrent à la nuit, la pluie avait cessé, le vent soufflait avec une telle violence que la palme et deux médailles tombèrent du drapeau sans que personne s'en aperçût, on ne les retrouva que le surlendemain, cette tempête semblait rendre impossible une rentrée en musique. Cependant, on alluma les torches avant d'entrer au bourg, et comme on y avait joint deux lanternes à acétylène, la fanfare traversa les rues au son d'un magnifique Pas-Redoublé Patriotique, et tout le monde fut étonné d'une pareille audace et d'un semblable succès. Pourtant arrivés en face le chemin de la Chamoisière, nos artistes se trouvèrent plongés d'un seul coup dans une obsurité complète. La bourrasque avait tout éteint. On ralluma encore une fois les torches et on revint par le même chemin jusqu'au Presbytère sans discontinuer de jouer et d'allumer de temps à autre des feux de bengale.
        Il faut avouer que la Fanfare ne s'ennuyait pas souvent, car les fêtes n'étaient pas rares.

Séance d'escamotage

        Le dimanche 5 Février, une réunion d'un nouveau genre attira la jeunesse convoquée par la Fanfare, à une soirée récréative dont voici le programme :

Salle Chotard
Dimanche 5 Février 1899
Grande
Soirée Artistique et Musicale
offerte par la Fanfare d'Athée
avec le concours de M. Duguay-Géran photographe
Programme :

1ere Partie escamotage

I Les boules de Cristal
II Voyage en Angleterre
III Foule de métaux
IV Surprises inattendues
V Chaines impalpables
VI Nouveau ministre des Finances

2e Partie

Le Paravent Diabolique
ou
L'armoire Mystérieuse
Quête en faveur du bureau de bienfaisance

3e Partie
Projections lumineuses à la lumière oxhydrique

1 Voyage en France
2 Pèle-mèle
3 Mes 28 Jours
25 vues
15 vues
15 vues

        Dans les entractes, la Fanfare exécutera les plus beaux morceaux de son répertoire.

Le Phonographe

Auditions Phonographiques ou la Machine parlante

Prix des places

Premières 0,40, Secondes 0,25, Enfants 0,15

        A la suite de la soirée, Grand Bal offert par la Fanfare.

Agréable soirée

        Le Télégramme et la Touraine républicaine d'Indre et Loire en parlèrent dans les termes suivants :
Agréable soirée. On nous écrit le 7 février "Dimanche dernier la salle de M. Chotard-Monmousseau, cafetier à Athée, était absolument comble, et on ne se souvient pas d'y avoir vu pareille affluence.
        "La soirée était en effet des plus intéressantes. M. Duguay-Géran avait bien voulu prêter son concours à la Fanfare d'Athée pour amuser la nombreuse société.
        "Il a réussi à merveille les tours si variés et si captivants de prestidigitation et d'escamotage qu'il exécute avec prestesse, et les applaudissements ne lui ont pas été épargnés.
        "Un autre clou de la fête, a été le Phonographe : une quinzaine de cylindres variés ont enthousiasmé l'assemblée et chacun était heureux d'écouter cette merveilleuse invention de la science moderne.
        "La série des projections était ravissante; malheureusement, l'appareil qui devait fournir la lumière, ayant subi un léger accident, l'éclairage a été un peu faible.
        "La fanfare nous a tous charmés par l'exécution de ses plus beaux morceaux.
        "Nous souhaitons que M. Duguay-Géran revienne comme il nous l'a promis, et que la fanfare sous les ordres de son jeune chef M. Martin, nous offre plus souvent des divertissements aussi agréables."

Les auteurs compositeurs

        L'Union Musicale ne pouvant critiquer cette superbe soirée écrivit le 6 février les lignes suivantes à la Touraine Républicaine
        "La Fanfare d'Athée a offert hier soir aux habitants une soirée théatrale et musicale très bien réussie. La vaste salle de M. Chotard était bondée de spectateurs.
        Les pauvres n'ont pas été oubliés; le produit de la quête, assez élevé, a été remis à M. le Maire qui a remercié MM. les organisateurs de leur généreuse intention."
        Ce petit entrefilet qui n'avait l'air de rien, étant tombé sous les yeux de M. Pavillon, agent de la Société des Auteurs et Compositeurs, nous valut une réclamation, et après de longs pourparlers, on arriva à conclure avec la dite société un abonnement annuel fixé pour jusqu'à 1904 à quinze francs par an, moyennant quoi, la fanfare d'Athée pouvait comme à l'ordinaire vaquer à ses concerts et représentations.

Nouveau Théatre
nouveaux décors

        Pendant ce temps, en prévision de nouvelles soirées, M. Le Curé s'avisa de remplacer entièrement le matériel du Théatre, il fit faire des chassis en bois, qu'il tendit de toiles, et qu'il décora lui-même. En moins de trois semaines, il eut achevé une jolie façade de la scène, et deux décors complets avec fenêtre et porte. Un salon et une chambre, le tout entièrement tendu en étoffes.
        Une cheminée garnie de tous ses accessoires fut organisée, pouvant au besoin servir de buffet. On installa un double rideau pour permettre de chanter des chansonnettes à l'avant-scène pendant le changement de décor.

Les Costumes

        Enfin, M. Le Curé se procura des costumes et en fit faire de nouveaux, qui devinrent la propriété de la Fanfare, forment déjà un vestiaire assez complet et d'une fraicheur remarquable.

Soirée théatrale

        C'est avec cette organisation qu'on fixa au 26 février une représentation théatrale.

En voici le programme

Dimanche 26 Février 1899
Grande Soirée Théatrale et Musicale
Offerte par la jeunesse d'Athée avec le concours d'artistes
amateurs et de la Fanfare d'Athée.

Première Partie
Les Cadets de Russie
Les Vers à soie (romance)
La Grosse caisse sentimentale
Le soliste (monologue)
Le repos du Dimanche (romance)
Y'a qu'les Riches (monologue)
Zuth (Polka)
Orchestre
L.R.
J.H.
P.N.
A.R.
E.B.
Orchestre
Un gendre pour 2 Beaux-Pères
Vaudeville en 3 actes
Personnages
Le Comte de Falmont
Rincetout (marchand de vins)
Le Général Dollard
Boniface Domestique
A. Chotard
E. Landré
L. Raimbault
A. Martin
1er acte
La Valse des Paquerettes Orchestre
2e acte
Le Concierge de la Tour Eiffel A.C.
3e acte
Gavroche (pas redoublé) Orchestre
10 minutes d'entr'acte
Deuxième Partie
Les Clairons du Grand Turc (quadrille)
Si qu'on s'rait comme eux? (chans.)
Le Réséda (romance)
Ma maison (monologue)
J'ai perdu mes godillots (sc.c.)
Le Pigeon voyageur (ch. patriot.)
Fin de quadrille
Orchestre
D.J.
A.L.
E.B.
J.B.
A.R.
Orchestre
La Cinquantaine
Pochade musicale
Personnages
Le Régisseur
Le Controleur
Benjamin
Elodie
Séville (boléro)
E. Bardet
A. Chotard
E. Landré
Orchestre
10 minutes d'entr'acte
Troisième Partie
Galop
Vl'a mes principes (monol)
N'importe quoi (sc. c.)
Ne dansez plus, des Français dorment là
Le Poivrot socialiste (monol)
L'enterrement de c'pauv' Ugène (sc.c.)
Orchestre
A.R.
P.N.
J.H.
D.J.
A. et E. L.
Un Pantalon pour deux
Vaudeville en 1 acte
Personnages
Raoul peintre
Larifla concierge
Denise servante
Euphrasie (femme du concierge)
A. Landré
A. Martin
Melle E. Bardet
Melle A. Chotard
_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _
Le Petit Tambour de Gravelotte (récit pat.)
La Voix des Chênes (Ch. pat.)
La méprise de Rouspignat (monol)
Chien d'agrément (monol)
X.Y.Z.
A.L. L.R.
D.J.
E.B.
X.
Pas redoublé Patriotique
Prix des places
Premières 0,50, Secondes 0,30, Enfants 0,20
Avis divers

       La Soirée sera annoncée par une Grande retraite aux flambeaux qui commencera à 7 heures précises. Les décors sont absolument neufs et la Scène entièrement renouvelée. Les perruques et grimes sont de M. Valentin coiffeur du théatre de Tours.
Bureaux 7h 1/2 Rideau 8h précises.

Les journaux

        Le Télégramme résuma la fête en ces termes. Agréable soirée. On nous écrit le 28 Février.
        "Dimanche dernier, la fanfare d'Athée avait réuni dans la salle Chotard, une foule compacte, attirée par un programme théatral des plus alléchants; on se demandait en lisant l'annonce, comment nos jeunes artistes, pourraient suffire à de pareilles promesses et comment ils s'y prendraient pour exécuter tant de choses en si peu de temps.
        "Le fait est que malgré la variété des distractions, la soirée a passé trop vite, aussi l'assistance a-t-elle été heureuse d'apprendre que le dimanche de la Mi-Carème, une fête du même genre serait offerte au public.
        "Il nous est impossible d'entrer dans les détails, car nous oublierions des choses trop intéressantes, qu'il nous suffise de rappeler les grandes lignes de cette mémorable soirée.
        "A 7 heures grande retraite aux flambeaux avec feux de bengale et fusées; à 8 heures, rideau devant une salle absolument comble. 1ere partie Un Gendre pour deux beaux-pères. 2e partie La Cinquantaine. 3e partie Un pantalon pour deux. Et puis une quantité de chansonnettes, monlogues, romances, etc. etc. des plus réussis.
        "Le tout a été si bien exécuté que les acteurs ont dù se refuser aux nombreux bis qui les ont redemandés.
        "La fête avait un attrait spécial par suite des décors éblouissants, dont la fraicheur et la nouveauté émerveillaient l'assemblée.
        "La fanfare a bien fait d'organiser cette fête et tout le monde l'en remercie, ainsi que des charmants morceaux de musique qu'elle a fait entendre dans les entr'actes. Un bal plein d'animation a cloturé cette agréable réunion, et la jeunesse s'est honnètement et joyeusement divertie."

2e soirée théatrale et musicale

        Le 12 Mars, une deuxième représentation eut lieu avec le nouveau programme que voici.

Dimanche 12 Mars 1899
Deuxième grande
Soirée Théatrale et Musicale
Offerte par la Jeunesse d'Athée
avec le concours d'Artistes amateurs et de la Fanfare d'Athée.
Programme
Première Partie
Mouch'tonpif (Pas redoublé)
Les vieux Normands
Orchestre
A.R.
Audition phonographique
Rien, Rien, Rien, (sc. c.)
Une vraie noce (chans.)
Les bancs de la promenade (monol)
La Tourterelle (Polka)
J.B.
P.N.
J.H.
Orchestre
Barbotin et Piquoiseau
Vaudeville en 2 actes
Patureau cuisinier
Bricard commandant
Isidore garçon d'hotel
Bridois ordonnance du commandant
John Burnet (anglais)
Chambly officier
Cabassol officier
Brigadier de police
Agent

La Touraine (marche)
A. Martin
E. Bardet
E. Thiou
A. Gallicher
A. Landré
A. Chotard
A. Germain
A. Raimbault
E. Hardion

Orchestre
10 minutes d'entr'acte
Deuxième partie
Séville (boléro)
L'orphelin de la Guerre (récit)
Orchestre
A.L.
Audition phonographique
C'que j'fais mon malin !
Poste restante
A.R.
E.B.
A la demande du public
La Cinquantaine
Pochade musicale
Personnages
Le Régisseur
Le Controleur
Benjamin
Elodie
E. Bardet
A. Chotard
A. Landré
E. Landré
Audition phonographique
Le Vaillant (pas redoublé) Orchestre
10 minutes d'entr'acte
Troisième partie
Galop
Marceau (chant patriot.)
Orchestre
L.R.
Audition phonographique
Le Croquemort (monol)
Les Rèves d'or (romance)
Arlequin (pas redoublé)
A.R.
L.R.
Orchestre
Le Moulin du Chat qui fume
Vaudevile en 2 actes
Décors spéciaux et costumes Louis XIII
Personnages
Garguille meunier
Nicollet (son neveu)
Le Marquis Tuffardini
Le Capitaine Montjoyeux
Beau-Cadet soudard
Joli-Coeur soudard

La Marche des petits Pierrots
L'oraison funèbre (scène burlesque)
A. Chotard
E. Landré
E. Bardet
A. Martin
A. Germain
A. Landré

Orchestre
A. et E. Landré
Audition phonographique
Quand je suis de sortie (monol)
La Grosse caisse sentimentale
X.Y.Z. etc
A.G.
J.H.
X
Les Quatre Prunes
Grande Parade
Le Maitre
Paillasse
A. Germain
A. Landré

Les Epatants, choeur final par toute la troupe
Pas redoublé Patriotique
Le Phonographe ou la Machine parlante

Prix des Places
Premières 0,50, Secondes 0,30, Enfants 0,20
Grand bal offert par les artistes.

Avis divers :

        La Soirée sera annoncée par une grande retraite aux flambeaux qui partira à 7h précises. Les Décors sont absolument neufs, et la scène entièrement renouvelée. Les Perruques et grimes sont de M. Valentin coiffeur du Théatre municipal de Tours.

Un concert

        Il fut rendu compte en ces termes dans le même journal :
        Un concert - On nous écrit le 14 Mars :
        "C'est par des attractions toujours nouvelles, que la fanfare d'Athée attire les habitants du pays et même des pays voisins, à ses soirées musicales et artistiques.
        "Dimanche dernier, la salle Chotard, siège de la société, était une deuxième fois remplie d'une foule attentive, qui a largement accordé ses bravos à tous les artistes.
        "Il est vrai que tout a été parfait; et favorisée par un temps superbe, la Fanfare avait entrainé derrière elle à la retraite aux flambeaux un nombre considérable de spectateurs.
        "Les morceaux de musique, le phonographe et surtout les pié de comédies, ont ravi les auditeurs.
        "Pour être justes, il convient d'ajouter que les jeunes élèves de la fanfare, qui déja se distinguent comme musiciens, se sont montrés comme comédiens, dignes de leurs ainés.
        "Si nous avions un regret à exprimer, ce serait d'être obligé d'attendre trop longtemps, pour jouir à nouveau d'un pareil divertissement.
        "Allons Messieurs les Musiciens, recommencez plus souvent, c'est le désir de tous vos auditeurs."
        Le 19 mars, l'Union Musicale un peu jalouse, voulut organiser à son tour une soirée théatrale dont le programme en résumé, ne valut pas grand chose, et le succès ne fut pas colossal. Mais en revanche on lui fit l'honneur d'un entrefilet exactement semblable à celui qui venu de sa part, nous avait valu la réclamation des droits d'auteurs. le but fut atteint et la farce qu'on nous avait jouée retomba sur ses inspirateurs.

Payons nos dettes

        Voici ce passage du journal :
        Soirée théatrale - On nous écrit le 20 Mars
        "L'Union musicale d'Athée, a offert hier soir aux habitants, une soirée théatrale et musicale très bien réussie. La vaste salle de M. Ouchet était bondée de spectateurs.
        "Les pauvres n'ont pas été oubliés : le produit de la quête, assez élevé, a été remis à M. le Maire qui a remercié MM. les organisateurs de leur généreuse intention."

Pâques

        La Fête de Pâques, se passa avec la même solennité et la même joie qu'à l'ordinaire; la musique après la messe, donna un concert sur la place de l'église, où elle fut très applaudie.

Une grande et mémorable solennité

        Le 4 mai 1899 pourra compter dans les annales de la Fanfare, pour une date inoubliable, ce fut une fête dont le souvenir restera dans de nombreuses générations car Athée, jusque là n'en vit point de semblable.

L'uniforme

        La Fanfare, en prévision de cette grande solennité eut l'heureuse idée de se choisir un costume aux allures militaires, que s'offrirent les plus fortunés des sociétaires; les autres furent habillés par des souscriptions de personnes dévouées à l'oeuvre.
        Le nouvel uniforme se compose d'un dolman bleu foncé avec brandebourgs noirs et boutons dorés, sur les épaules : pattes rouges en treffle avec bouton or; le col rouge et or avec lyre dorée, le képi, genre Saumur est noir galonné d'or avec lyre dorée. Plus tard, les sociétaires s'offriront pour compléter le costume, le pantalon noir à bandes rouges et le pantalon de treillis blanc pour l'été. Le Chef porte au col et au képi des feuilles de chêne brodées or et le sous chef les mêmes emblèmes en broderie argent. Le premier a le grade de Lieutenant, et le 2e celui d'adjudant.
        Les préparatifs de la fête furent sérieux, les répétitions se multiplièrent on voulut que les nouveaux costumes fussent inaugurés dans la fête de la Confirmation afin de mieux conserver la date de l'un et de l'autre de ces faits mémorables.
        Enfin tou fut prêt pour le quatre Mai et malgré un vent assez violent, les décorations du bourg s'achevèrent sans trop de peine.

Ouverture de la fête

        A l'entrée de la route de Bléré, entre la maison des Institutrices et le presbytère, s'élevait un arc de triomphe qui se composait de deux poteaux chargés de corbeilles et de drapeaux, qui étaient réunis par des guirlandes et une banderolle portant ces mots :" Les Mobiles, à leur Aumonier". C'est qu'en effet Mgr Renou archevèque de Tours avait en 1870 rempli les fonctions d'Aumonier au 88e de marche, régiment des Mobiles d'Indre et Loire, et partout sur son passage comme évèque, ses vieux camarades se faisaient gloire de se grouper autour de lui à l'ombre du drapeau national, pour lui témoigner l'inébranlable attachement qu'ils ont pour lui. A Athée ils étaient une douzaine présentés par le sacristain : Aimé Legeard qui fit un discours dès l'arrivée de Monseigneur; rappelant quelques épisodes curieux de cette année terrible. Le drapeau était porté par M. François Gallicher ancien mobile et trésorier de la Fabrique à ce moment, la Fanfare d'Athée, groupée devant les portes du Presbytère, éxécuta d'une façon vraiment remarquable la marche du 88e de marche, ce qui fut pour l'ancien aumonier, une joie profonde, aussi s'empressa-t-il de venir remercier immédiatement nos chers musiciens.

Le Cortège

        Après un discours de M. H.Collinet président de la Fabrique, le cortège partit musique en tête pour se rendre à l'église; on passa entre deux haies d'arbustes, et sous deux arcs de triomphe, l'un en mousse verte et l'autre en treillage et branches de verdure; toute la population suivait avec recueillement la fanfare jouait une marche entrainante.

A l'église

        A l'église, M. le Curé, s'adressant à Monseigneur, lui fit l'éloge de ses paroissiens et insista spécialement sur la Fanfare d'Athée qui prête son concours avec tant d'empressement à toutes les solennités religieuses. Monseigneur à son tour, remerciant M. l'abbé Mesnage, dit un mot flatteur pour notre belle Société musicale et pendant la Cérémonie, on entendit deux morceaux admirablement exécutés.

Dans les rues

        Sortant de l'Eglise après la Cérémonie, le cortège reprit le chemin du presbytère, puis revenant par la Grande Rue du bourg, traversa la place au son d'un pas redoublé patriotique où les chants nationaux de la France sont merveilleusement enchevétrés. M. l'abbé Mesnage curé de la paroisse était dans les rangs de la Fanfare. Le bon Archevèque entouré de MM. les curé de Bléré, La Croix, Azay, de M. l'abbé Buisson vicaire général, et de M. l'abbé Loisel chanoine missionnaire apostolique, fermait le défilé, portant sa mitre et sa crosse, et causait aimablement avec ses anciens camarades. Ce n'était pas une procession, mais une promenade qui nous conduisit jusqu'au chateau. Au bas du bourg, un nouvel arc de triomphe entièrement en mousse verte, orné de devises et de drapeaux français terminait la décoration d'Athée.

Au chateau

        Lorsqu'on franchit la grille du Chateau, un formidable coup de canon annonça l'arrivée de Monseigneur dans la propriété de Monsieur Collinet.
        On se rendit à la nouvelle chapelle élevée sous le Colombier, en mémoire de Madame Collinet, et Monseigneur la bénit solennellement et la dédia à St Pierre. De là, on se plaça devant le perron d'honneur et le vénéré prélat, voulut encore avant de se mettre à table, redire un mot à ses mobiles et entendre quelques morceaux de la fanfare. Les musiciens exécutèrent entr'autres morceaux "La Polka des Masques" polka chantée avec mirlitons dans la quelle les jeunes élèves de la société se distinguèrent si bien, qu'à la demande générale il fallut la jouer une seconde fois.

Déjeuner et bouquets

        Ensuite la Fanfare se rendit chez Monsieur Chotard, où un déjeuner était préparé pour les artistes par ordre de M.Collinet. Tout s'y passa avec gaité et bonne humeur et l'on offrit au Chef M.Martin et au sous-chef M.H.Fouassier, deux magnifiques bouquets de fleurs naturelles d'une fraicheur étonnante.

Départ de Mgr. Renou

        Monseigneur l'Archevèque, se montre d'une générosité presque excessive pour la Fanfare, il l'avait trouvée si dévouée et si intéressante, que son coeur ne savait comment témoigner sa reconnaissance. Malheureusement on ne put le revoir, il dût repartir sans avoir (comme il le voulait) dit un dernier remerciement à ses musiciens.
        Pendant ce temps, la Fanfare reprenait le chemin du chateau où M.Pitancier, un de nos amis, prit la photographie de tous nos jeunes artistes. Déja après la bénédiction de la chapelle, il avit pris un groupe d'ensemble sur le perron d'honneur. Nous sommes heureux de pouvoir conserver ici ces deux précieux souvenirs.

Fin de la Fête

        On revint ensuite au bourg, où pendant une partie de la soirée, la Fanfare réjouit les habitants par l'exécution de nombreux morceaux. Pour tout dire, il faut avouer que la joie exubérante de cette journée amena pour quelques uns, des libations un peu trop copieuses.

Série d'incidents

        Mais il est des choses plus sérieuses qui seront aussi inoubliables que cette belle journée et que nous sommes obliés de rapporter ici afin que plus tard on apprécie comme il convient de pareils procédés :

Les lacheurs

        M. Collinet subventionnait depuis déja longtemps la Compagnie des Sapeurs-Pompiers d'Athée à raison de 200. par an et récemment encore, sa regrettée mère, avait offert à la Compagnie un riche et splendide drapeau. Il donnait aussi 100. chaque année à l'Union Musicale, ainsi qu'à la fanfare d'Athée, et les réunissait chaque fois qu'il le pouvait pour leur procurer des divertissements.
        Comme Président de la Fabrique, et comme recevant chez lui Monseigneur l'Archevèque il invita ces trois Sociétés ainsi que les Anciens Mobiles, pour assister à la cérémonie de la Confirmation.
        Les Pompiers, quelques mois auparavant, à la suite d'une discution qui avait amené la dislocution de la Compagnie, s'étant réunis neuf ou dix, formulèrent, en vue de la Confirmation, un nouvel article de règlement, qui les empêchait de prendre part à aucune fête religieuse ou civile, en dehors du quatorze Juillet.
        Avec cette arme, ils répondirent à M. Collinet, que le règlement ne leur permettait pas d'accepter l'invitation. M. Collinet demanda communication du règlement; et convaincu par les signatures, de la mauvaise volonté des Sapeurs-Pompiers, il supprima la subvention annuelle, menaça de changer les fournisseurs du Chateau qui avaient trempé dans cette affaire, et annonça qu'il allait former une Compagnie de Pompiers spéciale pour le Chateau.
        L'Union Musicale, par la bouche de son chef M. Ouchet, se déclara incapable comme nombre, de se présenter. Alors M. Collinet retira à cette société sa subvention, pour ne plus la lui rendre.

Les remords

        Quant aux Pompiers, après la fête, à la suite de longs pourparlers, Leur Chef M. Rateau, finit par leur proposer de supprimer du règlement l'article incriminé, et de soumettre les nouvelles modifications à l'approbation de M. Collinet. Comme la crainte est le commencement de la sagesse, cette combinaison fut acceptée, et M. Collinet, satisfait, rétablit la subvention.
        Les anciens Mobiles acceptèrent l'invitation et vinrent presque tous, mais un ou deux d'entre eux furent détournés par des phraseurs malveillants et n'eurent pas le courage d'affirmer publiquement leur respect pour l'aumonier du Régiment.
        Inutile de dire que la Fanfare d'Athée ne connait point toutes ces roueries et toutes ces reculades, car elle se fait gloire de marcher au grand jour vers le but qu'elle poursuit.

L'Assemblée

        Le temps magnifique qui avait favorisé notre solennité de la Confirmation, fut remplacée par une journée maussade et pluvieuse le sept Mai, jour de l'Assemblée du Pays; ce qui n'empêcha pas la Fanfare, de donner sur la place un concert des mieux réussis, qui fut plusieurs fois souligné par de nombreux applaudissements.

Nos malades

        L'Influenza règnait à cette époque dans nos parages, et beaucoup en étaient atteints. Edouard Thiou et Albert Gallicher eurent à lutter contre cette maladie, en même . temps Jules Hardion fut pendant plusieurs jours très souffrant d'un abc`s à la gorge; enfin notre Sous-Chef Honoré Fouassier fut cloué sur son lit par une fièvre muqueuse qui le mit presque en danger.

Procession de la fête-Dieu

        Sur ces entrefaites, les Processions de la Fête-Dieu, furent favorisées par une température des plus agréables. A la première procession on se rendit comme d'usage au chateau de la Chesnaye. Le reposoir était au milieu de l'allée du Tapis Vert, et faisait un effet délicieux. On remarquait dans l'assistance avec le Chatelain de la Chesnaye, Madame de Lauverjat accompagnée de Soeur André Corsini, qui tenaient à voir nos musiciens avec leur brillant uniforme. Le Dimanche suivant, deuxième procession, parcours ordinaire. Pendant ces deux fêtes, on joua pour la première fois des marches à quatre temps, d' un très bel effet.

Au chateau de Nitray

        Madame la baronne Liébert de Nitray ayant généreusement souscrit pour les costumes de la Fanfare, nous musiciens décidèrent d'aller lui rendre visite à son chateau, et à cette occasion, une vraie fête de famille s'organisa. Une foule d'enfants et de jeunes gens et jeunes filles se rendirent à Nitray le 9 Juillet, et après les Vèpres et lorsque la Fanfare entra dans la cour d'honneur, une nombreuse assistance attendait déja son arrivée.

Bal champètre

        Une collation abondante et des rafraichissements multipliés, furent offerts à tous surtout aux musiciens. Entre temps, la fanfare ayant joué plusieurs danses, il s'improvisa sur le sable, des quadrilles, polkas valses etc. où la jeunesse s'amusa avec entrain mais la chaleur, jointe à la qualité trop supérieure du vin de la maison, firent tourner quelques cervelles quoiqu'il en soit, rien de facheux ne se produisit.

Fête Nationale

        La Fête Nationale nous retrouva sur la brêche, la Fanfare, invitée aux distributions des prix, se rendit à l'Ecole des filles, où elle eut tous les honneurs, même celui d'être insultée par des blanc-becs de L'Union Musicale.
        De là on se rendit aux jeux, où les cuivres de la société rivale, se cachèrent modestement, d'abord au café Champeaux pendant les courses de bicyclettes puis au Café Ouchet pendant le reste des jeux. La fanfare joua presque continuellement sur la place et sur la route de Bléré pendant la course aux grenouilles et la course à âne.

Grande retraite aux Flambeaux

        Mais le soir venu, ces Messieurs de l'Union, arrivèrent avec les Pompiers, chantant la Marseillaise qu'ils étaient incapables de jouer et s'apprètant avec une douzaine de lampions et dix torches, à venir au feu d'artifice en face le Presbytère. Quelle ne fut pas leur déception, en voyant sortir de la cour de M. le Curé, des arbres de lumières composés de 150 lanternes vénitiennes augmentées de douze torches et de deux lampes à acétylène. La Fanfare, aussitôt, attaque le Pas Redoublé Patriotique et le Curé lui-même dans les rangs de la société prend part à la fête Nationale, ce qui met le comble à la fureur de ces excellents républicains, qui voudraient pour eux seuls la liberté dont ils parlent tant sans la connaître. Peu s'en fallut que dans la rue une dispute ne fut allumée par un certain Girard, qui ayant bu plus que de raison, ne savait plus à qui s'en prendre.
        Après le feu d'artifice tiré par les Pompiers et d'ailleurs très bien réussi, la fanfare s'organisa en retraite aux flambeaux, et entrainant derrière elle la foule enthousiasmée, traversa les rues du bourg, lançant des flammes de bengale et faisant retentir les échos du voisinage, de ses airs harmonieux.

Altercations

        Il parait que le soir au bal chez Ouchet le Sous-Chef de la Fanfare et le jeune Bardet, l'un des notres, faillirent être malmenés par des jaloux un peu trop bien soignés, mais ils répondirent avec énergie et restèrent maitres du terrain.
        Remarquons ne passant que jamais on ne prouvera que la Fanfare ait cherché querelle à quelqu'un et qu'au contraire, l'Union musicale ne cesse d'attaquer sans parvenir à conquérir l'estime qu'elle prétend mériter.

Accident

        Vers cette époque c'est à dire le onze ou douze du mois d'Aout un de nos camarades, Julien Simonneau, en jouant avec un jeune homme du Pays nommé Delétang, tomba si malheureusement, qu'il se brisa une jambe, il fallu plus de trois mois pour qu'il fut rétabli complètement.

L'Assomption

        A la fête de l'Assomption, la Fanfare se remit à l'oeuvre pour la procession qui fut assez solennelle mais un peu moins longue qu'à l'ordinaire parce que l'orage menaçait et que M. Le Curé devait s'absenter dès le soir.

Fête de Nuit à la Chesnaye

        Le 26 septembre, au chateau de la Chesnaye, une grande fête de nuit fut organisée pour célébrer la St Henri qui n'avait pas pu être solennisée le 15 juillet. Le Parc était illuminé de nombreuses lanternes Vénitiennes, La Fanfare d'Athée arriva, entourée de nombreuses lumières, et fréquemment éclairée de feux de bengale aux multiples couleurs. Le canon tonna, on organisa à la lueur des torches et des lampions, un véritable bal champêtre, pendant que M. Robineau lançait dans les airs de superbes fusées. Les musiciens, acceptèrent quelques rafraichissements, et ce ne fut qu'en voyant s'éteindre les dernières bougies, qu'on se sépara pour rentrer chez soi.

L'aveugle

        Pendant les danses et les jeux, le vieux Baptiste Ouvray l'aveugle si connu, voulut absolument faire entendre quelques airs de son répertoire il fut très écouté et amusa beaucoup les nombreux auditeurs qui se pressaient autour de lui.

1ère soirée Théatrale et musicale

        Le 28 Octobre , une grande représentation fut offerte chez Chotard, en voici le programme :

Dimanche 29 Octobre 1899
Soirée Théatrale et musicale,
offerte par la jeunesse d'Athée avec le concours
d'artistes amateurs et de la Fanfare d'Athée.
Programme :
1ère Partie :
(En Permission) ou La Permission de Minuit
Vaudeville en un acte :
Personnages :
Blanchard tambour major
Barbillon dragon
Laïde lingère
Antoinette id
A. Chotard
E. Bardet
E. Thiou
A. Gallicher

2e Partie
La Marmite Sanglante
Tragédie burlesque
par M.M. E. et A. Landré

3e Partie
Le Dragon
Vaudeville en un acte
Personnages :
Escoublac
Baulois
Le capitaine Karvain
Edgard Laturballe
A. Landré
A. Martin
E. Bardet
A. Landré

        Monologues, chansonnettes, scènes comiques, romances : par MM. E. Legeard, E. Raimbault, A. Raimbault, J. Hardion, A. et E. Landré, E. Bougrier, P. Nau, Ménager etc etc.
        La Fanfare d'Athée sera chargée de la partie musicale. Les chants seront accompagnés par M. E. P.

        Sur la même feuille était imprimé le programme d'une deuxième représentation qui eut lieu quinze jours plus après. Nous en reparlerons plus loin.
        La soirée du 29 ctobre fut admirablement réussie et chacun s'en tira honneur vouloir entrer dans les détails serait perdre son temps car on peut dire en un seul mot que la musique, le chant, les monologues et les pièces tout y fut parfait. On ne joua pas la Marmite Sanglante mais les deux mêmes personnages la remplacèrent par le Conscrit Pitonnet et le Sergent Grinchonot et eurent un vrai succès.
        La feuille de programme qui devait servir d'invitation aux deux soirées, portait de plus les indications suivantes
Grand bal offert par les artistes.
        La soirée sera annoncée par une grande retraite aux flambeaux qui partira à 7h précises.

        L'Union Musicale, pas satisfaite de nos succès, combina avec ses principaux défenseurs, un petit tour pas bien malin, mais qui fit un tout autre effet que celui qu'on attendait.

Où la malice va se nicher

        Un certain Boyer, instituteur primaire de son état, mit au monde un article de journal, dont il ne voulut pas endosser la paternité, il le fit signer par un lettré quelconque, et l'envoya à la Touraine Républicaine et au Télégramme d'Indre et Loire. Pendant plusieurs jours, les nombreux lecteurs de la commune attendirent vainement l'apparition de ce petit chef-d'oeuvre. Alors le même Boyer fit envoyer son nouveau né à la feuille de chou Wilsonnienne qui s'appelle la Dépèche et qui s'empressa de l'insérer mais il ne parut que le 9 9bre. Savourez moi cela .
        "Un Curé Directeur de Théatre :
        Notre desservant M. l'abbé Ménage est un prêtre très remuant, qui n'en est plus à faire ses preuves dans ce genre.
        Un de ces derniers dimanches, il s'est imaginé d'organiser salle Chotard, une représentation théatrale, dans laquelle il s'était réservé des fonctions multiples : Directeur et éducateur de la troupe, régisseur de la scène, costumier, accompagnateur, etc.
        C'est beaucoup pour un . . . abbé seul. Aussi nous verrions avec plaisir M. Le Curé Ménage, se renfermer d'avantage dans ses fonctions, et garder un peu plus la réserve que devrait lui imposer son caractère sacerdotal."

La fin du monde

        Le jour où parut ce fameux morceau tout le clan opposé battit des mains se figurant avoir réduit en poudre le directeur les acteurs, les musiciens, et les spectateurs. Il est vrai que d'après les calculs des astronomes, nous devions avoir la fin du monde le 13 Novembre de cette année.

L'affiche

        Mais ils ont révé trop vite, et le curé exposa contre un mur en face de l'église une immense affiche de 1m30 de long sur 0m90 de large annonçant une seconde représentation plus attrayante encore que la première, pour le Dimanche 12 Novembre : alors ce fut une déception navrante

Frousse S.G.D.G.

        et les amis du reporter eurent une frousse d'autant plus grande que l'un d'eux ayant vu les Gendarmes de Bléré descendre en ces jours là au Presbytère, se figurèrent qu'ils ouvraient une enquête contre l'auteur de l'article.
        Tranquillisez vous poltrons, mais souvenez vous que lorsqu'on est coupable on est facile à effrayer et que ceux qui ont pour eux le bon droit et la loyauté, se moquent agréablement de vos sottises.
        Nous ne dirons rien du programme de la seconde soirée il est en entier sur la photographie ci contre de l'affiche sur bois qui fut inaugurée à cette occasion. Mais nous allons transcrire l'article que le Télégramme d'Indre et Loire et La Touraine Républicaine publièrent le 15 Novembre au sujet des deux représentations de la Fanfare d'Athée.

Appréciation de la presse

        = Concerts = On nous écrit le 14 Novembre
        "Pour la deuxième fois depuis quinze jours, notre belle fanfare d'Athée, réunissait dimanche dernier salle Chotard, une assemblée choisie qui venait applaudir les artistes, chanteurs, acteurs et musiciens. Le programme, varié aux deux représentations nous a vivement intéressés, et toutes les chansonnettes comme les quatre vaudevilles qui ont été donnés successivement, ont mérité de chaleureux bravos.
        "Les plus anciens membres de la Fanfare, s'y sont fait remarquer dans différents emplois. Citons au hasard : MM. E. et A. Landré, A. Martin, A. Chotard, E. Bardet, D. Imbert, J. Hardion, A. Raimbault etc. Quant aux jeunes, ils ont eu un succès fou, parce que d'abord, on les connait moins, et ensuite, parce qu'ils ont rempli leurs rôles avec une rare perfection.
        "C'étaient MM. E. Thiou, A. Gallicher, E. Legeard, E. Raimbault, etc.
        "Quelques amateurs voisins avaient prété leur concours au premier spectacle et s'y étaient fait admirer. Voici leurs noms, MM. P. Nau, E. Bougrier, Serrault etc...
        "A la dernière représentation, un Comique de Talent M. Fernand, plus connu sous le nom d'Alcide, a littéralement enthousiasmé la salle.
        "Le Phonographe a tenu sa place dans cette charmante soirée. M. E. P. accompagnateur et la fanfare avec ses plus brillants morceaux achevaient de rendre intéressante la réunion.
        "Une quête fructueuse, faite par les artistes a été remise à M. le maire pour le bureau de bienfaisaance.
        "A la suite de la représentation, un grand bal offert par la troupe, a terminé la journée et n'a pris fin que le lendemain matin.
        "Tous nos compliments à la Société musicale et surtout nos remerciements aux artistes étrangers qui nous ont prèté leur concours. - Un membre honoraire -
        Comme on le voit, la population d'Athée fait honneur à nos musiciens, et les jaloux en sont pour leurs frais.

M. F. Labbé

        M. Fernand Labbé, car c'était le nom du charmant artiste qui vint nous aider si aimablement au second spectacle, étant venu sur la scène à la fin de la représentation dit quelques mots gracieux pour remercier l'assistance, et s'annonça comme venant de la part de M. le Curé. Oui vous lisez bien; de M. le Curé; qui ne sera pas accusé désormais de se cacher et qui ne craint pas de s'affirmer l'ami et le protecteur de la Fanfare d'Athée dont il est fier de faire partie comme membre actif.

Départ d'Arthur Landré

        Le 16 Novembre un de nos bons camarades Arthur Landré nous fait ses adieux pour aller servir la Patrie pendant trois années, au 33e d'Artillerie en garnison à Poitiers, nous le reverrons bien de temps à autre, mais il nous manquera pourtant car pour le théatre notamment et comme archiviste de la Société, il était un précieux auxiliaire.

E. Thiou archiviste

        C'est Edouard Thiou qui a été désigné pour lui succèder dans les fonctions d'archiviste.

Accident

        Le onze Novembre, notre Trésorier Général Auguste Saulquin, étant à la pêche au bord du Cher, fit un faux pas qui lui occasionna une entorse; à cause de cela il ne put remplir les fonctions de caissier à notre seconde représentation et fut remplacé ce jour là par MM. Emile Legeard et Amand Bardet.

Prélude de la fête

        Une affiche en couleurs annonce huit jours à l'avance la fête de Ste Cécile, en voici la rédaction :

Fanfare d'Athée
Fête de Ste Cécile
Dimanche 26 Novembre
Inauguration du nouveau Drapeau :
Concert
Bal de Société
Salle Chotard

Les absents

        Le vingt cinq Novembre Monsieur Collinet recevait de M. Ed. Moret la lettre suivante :
"Mon cher Henry :
"Je te remercie de ton aimable lettre. Veux tu bien partager avec M. le Curé, tous mes regrets de ne pas assister à la fête du drapeau en lui exprimant tous mes sentiments de sympathie; je souhaite bien sincèrement que ce drapeau sous le patronage de ton excellente mère, soit pour la Fanfare d'Athée, un glorieux emblème d'union et d'honneur.
"J'espère te voir bientôt et te serre bien cordialement la main.
"Bien à toi, Edouard M."
        Une autre absence pénible fut celle de M. l'abbé Brun Curé Archiprêtre de la Cathédrale de Tours, qui devait présider la fête religieuse et bénir le drapeau. Une indisposition sérieuse l'empêcha de se déplacer.

La fête

        Cependant le matin de la Ste Cécile comme la veille au soir, une joyeuse volée des deux cloches, annonça la double fête de St Romain patron de la paroisse et de la vénérée patronne des musiciens.

A l'église

        A 10h1/2, la Fanfare, sortait du presbytère où elle était venue prendre son nouveau drapeau et se rendait à l'église au son d'un magnifique Pas redoublé : "Léopold II". La messe commence accompagnée par M. Pitancier. M. l'abbé Loisel chanoine, missionnaire apostolique afficie; il est accompagné de M. le Curé d'azay s/ Cher, et de M. L'abbé Chammoitre précepteur au chateau de Nitray. Dans la nombreuse assistance, nous remarquons, Madame la Baronne Liébert de Nitray, M. le Baron son fils, M. H. Collinet président de la Fabrique et M. G de Lanverjat avec la Soeur André Corsini.

La messe

        La Fanfare alterne avec les chantres dans les prières liturgiques. La messe est servie par deux jeunes musiciens avec l'uniforme de la Fanfare. Ce sont eux aussi qui présentent le pain béni offert par la Société musicale à ses principaux membres honoraires et protecteurs.

Le discours

        Après l'Evangile, M. Le Curé ayant terminé les annonces; M. le Chanoine Loisel monte en chaire, et dans une charmante improvisation, nous parle de St Romain patron de la paroisse dont on associe en ce jour la fête avec celle de Ste Cécile patronne de nos chers musiciens, puis il dit de touchantes et patriotiques paroles au sujet du drapeau, symbole de l'union nationale et de l'honneur de la Patrie française.

Bénédiction du Drapeau

        Alors, revenu à l'Autel, l'officiant s'approche de la table de communion, on apporte le superbe étendard qui depuis le commencement de l'office était placé près du maitre autel du coté de l'Evangile. Le porte drapeau Anselme Raimbault, le tient élevé en face du tabernacle, il a à sa droite et à sa gauche, le Chef André Martin et le Sous-chef Honoré Fouassier, toute l'assistance se tient debout et écoute dans un religieux silence, les sublimes paroles de la bénédiction. M. l'abbé Loisel fait alors remarquer l'inscription du Drapeau, disant que le généreux donateur M. Edouard Moret a voulu qu'il fut offert en mémoire de Madame P. Collinet.
        Puis, le drapeau salue l'autel et traversant toute l'église, va prendre sa place d'honneur à la tribune où se trouve groupée la musique.
        Pendant le reste de la cérémonie, la Fanfare avec M. le Curé qui se joint aux musiciens, exécute quatre morceaux admirablement rendus et emprunts d'un véritable sentiment religieux.
        Après la messe la société se rend au domicile de M. le Maire, pour lui offrir une brioche de pain béni.

Les journaux

        D'ailleurs il vaut mieux laisser parler le journal qui raconte d'une façon suffisamment explicite la suite de la journée.
        Voici donc l'article paru dans le Télégramme d'Indre et Loire, la Touraine Républicaine et la Croix de Touraine à ce sujet :
"On nous écrit le 27 Novembre :
"La Fanfare d'Athée avait cette année un motif spécial de solenniser la Ste Cécile. Un généreux donateur, M. E. M., parent et ami de M. Collinet du chateau de la Chesnaye avait offert à la société un magnifique drapeau tricolore, il s'agissait de l'inaugurer.
        Le matin à 10h1/2, la fanfare s'est rendue, musique en tête avec drapeau neuf, à la messe en musique, où une nombreuse assistance a gouté le talent de nos artistes. Après un discours patriotique prononcé par M. L'abbé Loisel, le superbe drapeau a été béni solennellement.
        A la suite de la messe, la Fanfare s'est rendue au domicile de M. le Maire où elle a exécuté quelques jolis morceaux.
        De là elle est revenue au Chateau de la Chesnaye, remercier les protecteurs de notre brave société; puis elle est rentrée à 3 heures, salle Chotard pour prendre part au banquet. La salle était merveilleusement décoré et les guirlandes et les fleurs alternaient avec un gout parfait. Un toast de reconnaissance a été porté au généreux bienfaiteur.
        A 7h1/2, une splendide retraite aux flambeaux a sillonné nos rues; les feux de Bengale et les fusées avec les innombrables lanternes et torches, produisaient dans le brouillard un effet des plus curieux.
        "La retraite finie, tout le monde se précipita salle Chotard, où un bal plein d'animation et de bonne humeur a cloturé la fête".
"Un membre honoraire"

Au banquet

        Pour le banquet, M. Collinet avait donné à la fanfare un cuisseau de Cerf de la forêt d'Amboise, ce morceau plongé dans la marinade douze jours avant la fête fut l'objet de nombreuses conversations, les uns voulaient le manger plus tôt, d'autres voulant le faire attendre; bref on finit par se raisonner et on attendit la fête, on eut la preuve qu'on avait bien fait car il était délicieux. Il était accompagné de 3 lapins du parc de la Chesnaye le tout fut assez copieusement arrosé, et les instrumentistes reprirent de bonnes forces.

Un toast

        M. Labbé Loisel, accompagné de M. L'abbé Mesnage curé de la paroisse, et de M. Auguste Saulquin trésorier général de la fanfare, entrèrent dans la salle du banquet vers le milieu du repas et en leur présence un toast de reconnaissance fut porté par le chef M. Martin, à M. Edouard Moret donateur du drapeau, tous les assistants levèrent leur verre à cette intention.
        Une dépèche télégraphique ainsi conçue fut immédiatement envoyée à M. Moret :
        Edouard Moret 154 Boulevard Haussmann Paris - - La Fanfare porte un toast de reconnaissance, l'abbé Mesnage s'associe avec bonheur - - Martin chef.
        Plusieurs sautés furent portés ensuite, à M. Collinet, M. Le Curé, M. Loisel et enfin à la prosprérité de la Fanfare.
        Quelques jours après, M. Ed. Moret adressa au chef de la Fanfare une charmante lettre pour lui dire combien il était touché de notre reconnaissance et heureux de nous avoir fait si grand plaisir.

A Azay S/Cher

        Le Dimanche 10 Décembre, plusieurs de nos musiciens se rendirent à Azay Sur Cher prêter leur concours pour grossir les rangs de la Fanfare Ste Cécile de cette localité à l'occasion de la fête patronale des musiciens. C'est du reste une charmante coutume établie déja depuis longtemps, que les membres des deux fanfares d'Athée et d'Azay se rendent de mutuels services à l'occasion des principales solennités.

Fête au Chateau de Nitray

        Quelques jours après, le 17 Décembre ce fut au chateau de Nitray que l'on se donna rendez-vous. Depuis près de huit jours, la neige couvrait le sol et le froid qui était arrivé jusqu'à 12 se trouvait ce jour là à 9; température déja bien rude pour la région. Heureusement que nos braves cantonniers avaient bien balayé les routes et tracé de larges chemins dans la neige. Aussi, après les vèpres, la Fanfare ayant traversé le bourg avec son entrain accoutumé, arriva à Nitray vers trois heures du soir, la réunion vu le mauvais temps, fut moins nombreuse qu'à l'ordinaire, mais elle n'en fut pas moins joyeuse. Madame la Baronne Liébert de Nitray nous attendait, avec M. Louis Liébert son fils, Melle A. de St Exupéry, la famille de Sarrazin, tout le personnel du chateau et les gens du village. Après plusieurs morceaux très applaudis, nos musiciens, ont profité d'une collation réconfortante arrosée copieusement de vin chaud qui les a réchauffés et leur a donné des forces pour le retour. Ce ne fut pas le plus agréable ce retour à la nuit tombante par un vent glacial, mais on s'égaya en jouant des airs militaires, afin d'empêcher les pistons de geler.
        Arrivés au chalet du concierge de La Chesnaye les musiciens trouvèrent des torches allumées que l'on apportait au devant d'eux. On organisa une retraite aux flambeaux pour rentrer à Athée et le soir la salle Chotard offrit un bal très entrainant comme "retour de la Ste Cécile".

Noël

        A la Grand'messe du jour de Noël la fanfare vint comme de coutume faire entendre ses joyeux accords, outre les chants altrenés avec le choeur, les musiciens exécutèrent quatre brillants morceaux dont trois mélodies d'un ravissant effet.

Concert à la Chesnaye

        Vers deux heures, la musique entrait au chateau de la Chesnaye, entrainant à sa suite de nombreux groupes d'enfants des deux sexes qui suivant un usage déja ancien venaient chercher leurs étrennes. Ces étrennes se composent de quelques sous et d'un baton de sucre d'orge qui fait les délices des jeunes visiteurs.
        Un concert fut offert à M. Collinet et à ses invités et l'on reprit le chemin du bourg après avoir dégusté un excellent vin blanc chaud, et de très bons gateaux.
        La matinée avait été très brumeuse, et même humide aussi le drapeau neuf ne figura qu'à l'église, ce fut le vieux et glorieux drapeau de 1889 qui eut les honneurs de cette journée.

Une amende

        Un des sociétaires s'étant permis le dimanche précédent de rester en uniforme jusqu'à une heure indue dans un des cafés du pays, fut sévèrement réprimandé par les chefs et condamné à l'unanimité à une amende de un franc.

Plumets et pompons

        A l'occasion de la fête de Noël M. le Curé voulant compléter l'uniforme de la fanfare, offrit aux musiciens pour orner leur képi : au chef un plumet rouge, au sous-chef un plumet blanc, et aux exécutants un pompon tricolore qui furent inaugurés ce jour là. Chacun donc possédant son plumet ou son pompon eut la bonne idée de ne pas en prendre un autre.

Commencement de la fin du siècle

        En vertu d'une décision spéciale du Souverain Pontife Léon XIII, et pour l'ouverture d'un jubilé universel accordé en raison de la fin du siècle, M. Le Curé annonça en chaire à la Grand'messe de Noël que le Dimanche 31 Xbre à 11 heures du soir commencerait un office de nuit qui serait suivi d'une messe de minuit comme dans la nuit de Noël. Alors le chef de la fanfare eut l'heureuse idée d'ailleurs acceptée par tous, de convoquer la musique pour cette messe et il fut décidé en principe qu'on y viendrait en retraite aux flambeaux, ce qui ne sera pas banal.
        Le Dimanche 31 Xbre en vertu d'un avis officiel de l'Archevéché de Tours, la sonnerie des cloches étant supprimée M. Le Curé annonce que la Fanfare viendra à la cérémonie mais sans la retraite aux flambeaux.
        Voici le compte-rendu de la fête que nous trouvons dans le Télégramme d'Indre et Loire et la Touraine Républicaine.
        Nous le plaçons au commencement du livre suivant pour inaugurer l'année 1900.

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