La fanfare d'Athée

1896-1897

Livre XIV
Fête de la Ruine
1896
Attaque nocturne

        L'année 1896 eut comme particularité que la rage des voisins devint à l'état aigu au point que l'un de nos sociétaires, fut attaqué à l'improviste sur son chemin par des malotrus qui voulaient le frapper. Il faut avouer que l'Union Musicale avait de singuliers procédés d'harmonie. Pour faire marcher en mesure ces Messieurs, Honoré Fouassier leur victime écrivit une lettre au Parquet de Tours.
        A part cet incident, les premières fêtes de l'année se passèrent avec leur entrain accoutumé et le même éclat que d'ordinaire les Processions eurent un peu plus de solennité et pour la première fois, sur la demande de M. l'abbé Mesnage la Fanfare consentit à préter son concours à la procession de l'Assomption.

Un drapeau au Château de la Chesnaye

        Le 2e Dimanche de septembre, Madame Collinet, qui déja depuis un certain temps était souffrante avait fait venir auprès d'elle une religieuse du Bon Secours de Troyes. Soeur André Corsini, cherchant par tous les moyens à distraire sa malade, lui persuada de faire installer sur la tour en ruine, un immense drapeau national surmonté d'un pavillon aux couleurs du chateau.
        A cette occasion M. le Curé fut chargé de l'organisation de la fête et du cortège, et invita la Fanfare d'Athée et l'Union Musicale, cette dernière avec une certaine réserve accepta cependant.
        Madame Collinet avait invité la fanfare des Apprentis Tonnelé avec leur directeur M. l'abbé Hénault ancien curé d'Athée.
        Les trois sociétés jouèrent à tour de role pendant le défilé, c'est à dire depuis le chalet jusqu'à la ruine passant devant le chateau. Le drapeau et le pavillon étaient portés sur un brancard garni de verdure.
        Pendant qu'on hissait le drapeau, la Fanfare jouait la Marseillaise, alors M. l'abbé Mesnage prononça un discours patriotique, l'une des musiques se fit à son tour entendre et chacun se retira, entrainé par les trois sociétés musicales qui firent retentir le parc longtemps encore de leurs accents harmonieux.

La Ste Cécile

        Afin de célébrer plus dignement la Ste Cécile, nos musiciens avaient tendu la main à leurs soutiens habituels. M. l'abbé Hénault leur donna quarante francs, M. Moisant candidat au Conseil Général versa semblable somme. Aussi on festoya joyeusement et chacun se souvient encore de ces amusantes soirées.

Mort de M. Emile Collinet

        Le 31 Décembre, M. Emile Collinet, fils ainé de Mme P. Collinet du chateau de la Chesnaye, mourut à Athée. il était membre honoraire de la Société et vu la générosité de la vénérée Chatelaine la Fanfare décida d'offrir une Couronne qui fut portée par les membres de la Société et tous les musiciens résolurent d'assister à la cérémonie funèbre.

Livre XV
1897
Fête des Sapeurs-Pompiers
Mort de Madame P. Collinet
Sépulture de M. E. Collinet

        Le premier Janvier 1897, la Fanfare d'Athée ne sortit pas et l'Union Musicale l'invita dans sa réserve en signe de Deuil.
        La famille Collinet fit inviter les deux sociétés musicales à la sépulture du regretté défunt, mais sans les instruments de musique. Les Sapeurs-Pompiers y furent invités également et s'y rendirent en grande tenue, ils étaient commandés par leur officier M. François Rateau.
       Le cortège se mit en marche :
       En tête les enfants des Écoles conduits par leur Instituteur et Institutrices, puis l'Union Musicale avec son drapeau voilé de deuil et portant une couronne de perles. Ensuite le drapeau des Pompiers escorté de deux Sapeurs et porté par M. Vincent; ensuite la Fanfare d'Athée groupée autour de son drapeau en deuil avec sa couronne funèbre et précédant immédiatement le clergé. Dans les rangs se trouvaient portées sur un brancard les nombreuses couronnes de la famille et des amis.
        Enfin derrière un nombreux clergé, venait le cercueil porté par les fournisseurs du chateau et les Pompiers, entouré de torches que tenaient les fermiers de la famille et quatre torches d'incendie portées par des sapeurs, enfin la famille et l'innombrable assistance.
        Après cette imposante cérémonie les Vignerons d'Athée revinrent comme d'ordinaire fêter la St Vincent aidés de nos chers musiciens.

Le nouveau drapeau

        Puis une cérémonie moins triste que la précédente attendait nos jeunes artistes. Depuis longtemps déjà, Madame Collinet avait promis aux Pompiers, de leur offrir un nouveau drapeau pour remplacer l'ancien qui était presque une loque. La mort de M. Emile Collinet empêcha de le leur donner solennellement au 1er Janvier, mais pour ne pas retarder trop ce don tant désiré, on fixa au 28 mars la réunion publique où le drapeau serait remis à la Compagnie.
        Ce fut un Dimanche à la suite des Vèpres, les deux sociétés musicales y furent invitées par les soins de M. l'abbé Mesnage.
        La remise du drapeau eut lieu devant l'octogone, ce fut M. Henry Collinet, second fils de Madame P. Collinet qui présenta le drapeau à l'officier M. Rateau, lequel le remit à M. Vincent porte-étendard.
        Les deux sociétés de musique, exécutèrent leurs plus beaux morceaux et tous les musiciens et pompiers trinquèrent ensemble à la prospérité du chateau et de la Compagnie de Pompiers.
        Madame Collinet était alors tellement souffrante, qu'elle ne put voir que de loin cette charmante fête.
        La fête de Pâques et l'Assemblée, furent pour la Fanfare, de nouvelles occasions de faire apprécier son talent et de se réjouir avec entrain.

La Fête-Dieu

        La première Procession de la Fête Dieu, eut lieu cette année là une sollenité toute particulière, de superbes oriflammes en soie avaient été préparés par les soins de Madame Collinet, La Fanfare, au grand complet, avait astiqué ses cuivres, et soufflait avec empressement. Au chateau ce fut un vrai concert pendant la station au reposoir.

Concert au Reposoir

        Armand Ouchet, fils du Chef de l'Union-Musicale fut invité par M. le Curé, a exécuter sur le violon quelques jolis morceaux accompagnés par Madame la Vicomtesse de Toulgoët Tréana, laquelle chanta des motets religieux. Madame la baronne Liébert de Nitray et sa famille étaient là, Madame Collinet y assistait de sa fenêtre. Monsieur l'abbé Pinault vicaire à la Cathédrale, portait le St Sacrement, il était accompagné de Monsieur l'abbé Loisel chanoine missionnaire apostolique. La Fanfare joua remarquablement bien tant au chateau qu'à l'Eglise; et cette fête est une des plus belles qui se fut donnée jusque là à la Chesnaye.

Sépulture de Madame Pierre Collinet

        Un nouveau deuil plus cruel que les autres, vint s'abattre à la fois sur le Chateau de la Chesnaye, sur la Fanfare, et sur le Pays tout entier. Madame Collinet mourut dans sa 82e année après avoir eu la satisfaction de faire, surtout à la fin de sa vie, des oeuvres généreuses et charitables qui furent vivement appréciées de la population.
        La cérémonie de la sépulture, eut le même caractère imposant que celle de Monsieur Collinet, on suivit le même ordre de cortège, et la Société offrit à sa Bienfaitrice une magnifique Couronne de fleurs naturelles.
        Les regrets de la Fanfare pour Madame Collinet, se traduisirent par un redoublement de sympathies pour son digne fils Monsieur Henry Collinet, qui dès le jour de cette cruelle séparation annonça qu'en souvenir de sa mère, il continuerait son dévouement pour nos chers musiciens.

La Ste Cécile

        La Seconde procession de la Fête-Dieu comme celle de l'Assomption se passèrent sans incidents avec le concours dévoué de la Fanfare. Nos jeunes gens reçurent encore de Monsieur Moisant 40 francs, et de Monsieur Hénault 20 francs qui les aidèrent à solenniser la Ste Cécile avec le cérémonial accoutumé.

Noël

        Le jour de Noël, Monsieur Henry Collinet voulut bien recevoir les voeux de la Société pour la nouvelle année, on se rendit à la Chesnaye où pendant que la Fanfare exécutait les plus beaux morceaux de son répertoire, les petits enfants du pays, recevaient une distribution de sous et de bonbons à titre d'étrennes.
        La messe en musique du jour de Noël fut particulèrement réussie et le soir un bal trés animé réunissait chez Chotard tous les amis de la fanfare.

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