La fanfare d'Athée

1853-1860

Livre 1er
Fondation de la Fanfare d'Athée

1853 M. Rancher fonde la fanfare

        Que dire d'une société musicale, à l'époque où dans les campagnes, la science de la mélodie était encore à l'état d'enfance ? Pouvait-on, dès ce moment, trouver les éléments assez nombreux et des artistes assez sûrs, pour organiser une fanfare complète harmonieuse, et vraiment digne de figurer en public.
        Assurément c'était bien difficile à Athée, commune de 1350 habitants; et pourtant, cela fut essayé par un digne instituteur, M. Rancher, qui ne voulant pas dépenser ses loisirs à faire de la politique, consacra ses heures libres à former de jeunes musiciens.
        Il avait remarqué les dispositions de plusieurs jeunes gens du pays, et voyant qu'ils perdaient leur temps et leur belle jeunesse à souffler dans des clairons, sans méthode et sans art, il résolut de leur inculquer les principes de la musique, et parvint bientôt à les dresser suffisamment pour les produire au grand jour.
        Seulement, comme il ne pouvait pas aisément leur procurer une grande variété d'instruments, il les laissa libres de leur choix, et comme il arrive d'ordinaire, ils se prononcèrent presque tous pour le même but, ils choisirent le cornet à pistons et s'en procurèrent d'occasion.

Les ancêtres de la fanfare

        Ils étaient huit, cinq pistons, un baryton, un trombone et une basse. Voici les noms des héros qui furent les ancêtres de la Fanfare d'Athée, ils sont Dieu-merci encore presque tous vivants et seront heureux s'ils peuvent apprendre que désormais leurs noms figureront sur une liste d'honneur :
Prosper Ouchet                     Piston
Théodore Rousseau              id
Victor Ross                           id
Amand Hardouin                  id
Babault                                 id
Achille Boissé                       Trombone
Théodore Ouchet (père)       Baryton
Émile Longuet                      Basse
        En 1853, ce groupe de musiciens, sortait de temps à autres, sous la direction du brave instituteur M. Rancher, qu'on peut appeler le fondateur de notre Fanfare.

1854

        Au cours de l'année 1854 le piston Prosper Ouchet quitta la Fanfare pour le régiment, et la troupe se trouva réduite à 7 jeunes artistes qui ne perdaient pas courage.

1855
Les premiers pompiers

        Une compagnie de sapeurs-pompiers, se forma en 1855 à Athée sous l'inspiration et le commandement de M. Henri de Laluisant, lequel, vu le nombre déjà considérable des Pompiers, fut nommé sous-lieutenant. Il avait sous ses ordres les sergents François Raimbault et Pierre ardouin, le caporal Théodore de Laluisant porte-drapeau, Victor Foussier caporal Tambour, Casimir Hardouin et Rogues tambours, enfin deux sapeurs : Toussaint Volant et Charles Delétang. Les musiciens prirent rang dans la compagnie et furent astreints aux manoeuvres et aux revues.        

Les Fêtes

        Depuis cette époque jusqu'en 1870, la musique et les pompiers assistaient aux fêtes de Ste Barbe, aux processions de la Fête-Dieu, au 15 août, fête de l'empereur. Au premier jour de l'an, les musiciens donnaient des aubades chez les autorités, chez leur chef et chez M. Rancher.
        La Fête de Ste Barbe étant la fête des pompiers, on faisait ce jour là un banquet par souscription; et au temps de M. Silvain Raimbault l'ancien maire, on déjeunait très bien, parait-il, pour cinquante centimes par tête - Que les temps ont changés !!!
        À toutes les solennités aux quelles la Fanfare et les pompiers assistaient, le conseil Municipal était présent, et pour venir à l'église se groupait dans l'ordre suivant : les deux sapeurs ouvraient la marche, le Maire et les adjoints suivaient ensuite, revêtus de leur écharpe, et le conseil Municipal marchait avec eux, après quoi venaient les tambours et la Musique, suivis de tous les pompiers.

1856
Le règlement ne plaisante pas

        En l'année 1856 un registre tenu par le sergent Raimbault, nous retrace quelques détails des revues et manoeuvres; le 1er Dimanche de chaque mois, avait lieu la manoeuvre, et chaque trimestre une revue. La première des revues dont nous retrouvons la date sur le livre de la compagnie, eut lieu le 1er juin 1856.
        La discipline était d'une sévérité digne de remarque, allant parfois jusqu'au comique, et nos braves Pompiers et musiciens s'y soumettaient assez facilement. Pour en donner un exemple nous puiserons au livre de la Compagnie que M. Silvain Landré plus tard sergent, actuellement retiré de la compagnie a bien voulu nous confier quelques jours.
        Le 13 juillet de cette année, le Conseil de discipline de la Compagnie, réuni à la mairie en séance publique, condamne le nommé Louis Herbault à un total de 6 francs d'amendes, pour n'avoir pas présenté de moyens de défense valables, justifiants ses nombreuses absences.

La discipline

        Le 10 août de la même année, le même Conseil ayant à juger le sapeur Jean Chauveau, pour insubordination et absences non motivées, le condamne à payer les amendes et à la réprimande avec mise à l'ordre. On raconte même, que le conseil sans doute se prenant un peu trop au sérieux, lui avait infligé trois jours de prison. Jean Chauveau qui malgré son insubordination restait soumis à la discipline, se rendit à la Gendarmerie de Bléré pour y accomplir sa peine; mais le Maréchal des Logis le reçut le sourire aux lèvres et commua d'office sa peine contre un certain nombre de bouteilles de vin qu'il dut offrir à ses camarades.
        Au reste, les amendes tout en n'étant pas très élevées étaient appliquées régulièrement à raison de quinze centimes pour absence motivée et avec permission et vingt cinq centimes pour absence sans permission; en cas de récidive trop fréquente, le Chef élevait les amendes au double de leur taxe. Et ce qui n'est pas une mauvaise chose, chacun les payait régulièrement.
        Aussi la Compagnie, les soirs de Ste Barbe ne dinait déja plus à cinquante centimes, mais à un franc vingt cinq par tête. Une année chez M. Lucien Monmousseau, une autre chez M. Théodore Ouchet.
        La musique jouissait dans cet heureux temps des mêmes droits que les Pompiers et les jeunes artistes étaient exempts de corvée.

1857

        La ville de Bléré, à 7 kilomètres d'Athée organisa un concours, ou plutot un comice agricole, il eut lieu dans la plaine située entre La Croix et Civray s/Cher. Les Pompiers et les musiciens d'Athée voulurent y prendre part.

Concours de Bléré
Les premiers uniformes

        Jusque là, ils avaient manoeuvré militairement c'est vrai, mais sans le prestige du Costume; ils étaient en tenue civile. Ils eurent l'ingénieuse idée de se procurer à Tours dans une superbe occasion, les uniformes des anciens Garde-Nationaux. Chacun ayant donc acheté à ses frais la tunique, les épaulettes et le ceinturon, il ne s'agissait plus que de se procurer des casques. Les Pompiers eurent le casque en cuivre, tel qu'on le portait à cette époque; les musiciens reçurent de Paris de magnifiques schakos avec un plumet tricolore un peu long mais d'un bel effet et comme ces schakos étaient surtout de parade, on leur donna pour les manoeuvres des casques à pointe, en cuir noir, un peu dans la forme des casques prussiens.
        Ce fut avec ces costumes, qu'ils portaient assez gaillardement, que la Compagnie s'en alla musique en tête au fameux concours de Bléré. À la fin de cette journée, la ville de Bléré, après un feu d'artifice tiré dans l'isle, offrit à tous les musiciens et pompiers, un banquet des plus joyeux, à l'hotel des "Trois Barbeaux".

1858
Les bonnets à poil

        Vers le mois de Janvier ou Février 1858, on chanta solennellement un Te Deum d'actions de grâces, à l'occasion d'un attentat contre l'empereur, au quel Napoléon III avait échappé comme par miracle. C'est à cette occasion que furent inaugurés les célèbres bonnets à poil et les tabliers que portèrent ensuite Volant et Delétang. La musique prêta son concours en cette circonstance.
        Nous trouvons en 1858 quatre revues signalées par le livre de la Compagnie, les 7 Mars, 4 Juillet, 5 Septembre et 6 Novembre. Le 15 août, fête de l'Empereur, on chanta de nouveau le Te Deum.

1859

        L'année 1859 s'écoula sans incidents remarquables, le livre de la Compagnie nous parle seulement au 3 Avril, d'une Retraite, probablement la première retraite aux flambeaux où la musique se réunit aux tambours des Pompiers. Les Fêtes, les revues, les manoeuvres, tout alla pour le mieux.

1860

        Aux revues et manoeuvres de 1860 nous remarquons que Ross et Th. Rousseau, ne se génèrent pas beaucoup pour se payer des absences, mais ils sont punis par des amendes.
        Le 17 juin de cette anné 1860 il y eut encore un Te Deum solennel.

Pas d'accord

        Le 10 juillet, la Musique et les Pompiers durent assister au service célébré pour le Prince Jérome, mais un bon nombre n'y étaient pas, les tambours eux-mêmes n'y vinrent pas, c'était une marche silencieuse et nous ne savons comment expliquer ces nombreuses absences, car la discipline ne plaisantait pas.
        Les Pompiers il est vrai n'étaient pas toujours d'accord, il y eut déja à cette époque des meneurs, et de beaux parleurs, qui de temps à autre cherchaient à indisposer les autres contre leur chef. La politique elle aussi s'en mèla et le désordre en fut quelquefois la conséquence. Un jour à l'occasion des Processions de la Fête-Dieu quelques hommes tels que Volant, Veillault Vincent etc .. se refusèrent à assister à la cérémonie, par principes anti-religieux, d'autres, tels que Raimbault Rateau etc à cause d'une certaine antipathie pour leur chef les imitèrent; si bien que le lieutenant De Laluisant ne trouvant pas les hommes assez nombreux décida que la compagnie n'irait point à la procession.

Un brave sapeur qui n'a pas peur

        Mais un certain sapeur, du nom de Bigot qui ce jour-là avait revétu son uniforme, se présenta en armes et ayant appris la décision du chef, s'écria :"Tant pis moi je suis habillé pour la procession, j'y assisterai quand même je serais seul; et il tint parole, seul avec son fusil il accompagna la Procession se moquant des réflexions plus ou moins malveillantes de ses camarades. Il ne survécut pas longtemps à cet exploit, et mourut en 1864.
        Les revues eurent lieu en 1860 les 5 mars 5 aout 2 septembre et 4 novembre.
        Le 10 Xbre, la Compagnie des Sapeurs-Pompiers ayant fait son règlement de compte, le secrétaire trésorier qui était alors le sergent François Raimbault, remit sa démission entre les mains du lieutenant Henri de Laluisant qui l'accepta.

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