La fanfare d'Athée

1900

Livre XVIII
L'année fin de siècle
1900
Une nouveauté

Nous lisons dans deux journaux de Tours : "Le Nouvel An - On nous écrit le 1er Janvier :
"Notre journée du premier Janvier, favorisée par un temps superbe, a été d'une gaitée inaccoutumée,
        "La veille au soir à 11h1/2 la Fanfare s'est rendue à la messe de minuit où elle a fait entendre de délicieuses mélodies. Vers une heure du matin on est allé réveillonner avec entrain et lever son verre à l'aurore de l'année nouvelle.
        "Aujourd'hui, à une heure et demie de l'après-midi, la fanfare d'Athée, accompagnée du Curé de la paroisse, a traversé nos rues, se rendant au domicile de M. le maire pour lui faire sa première visite au cours de laquelle elle a exécuté de très beaux morceaux; on a trinqué à la santé du maire et de la commune d'Athée.
        "Revenus au bourg, les musiciens sont allés donner des aubades chez M.M. Allard, notaire; Clavier-Hardion, Legeard-Germain Nossereau Landré-Berthelot, Germain-Molineau, etc; membres honoraires de la Société
        "Comme la dernière visite prenait fin avec le jour; vers 6 heures, une retraite aux flambeaux s'est improvisée, la troupe des enfants, qui toute la journée avait suivi la fanfare pour attraper quelques gateaux, s'est emparée d'une douzaine de torches, et les musiciens, au son d'une harmonieuse retraite, ont repris le chemin de la salle Chotard, siège de leurs réunions.
        "La population toute entière a admiré la bonne tenue de nos chers musiciens et la correction de leur jeu. Bonne année donc à la Fanfare et à son habile chef M. A. Martin."

Le triangle

        Ce jour là on remit le triangle entre les mains du jeune Raymond Raimbault pour accompagner la batterie de la Fanfare. Depuis longtemps déjà cet instrument ne s'était plus fait entendre, il nous fut rendu par M. A. Legeard qui en était resté dépositaire.
        Enfin pour terminer la journée on rédigea en double exemplaire sur papier timbré l'engagement ci-dessous, entre la Société représentée par son chef, et M. Paul Hardion membre exécutant de la Fanfare.

Traité entre la société et le Sieur Paul Hardion

        Entre nous soussignés : André Martin, chef de la Société musicale dite Fanfare d'Athée et demeurant au bourg d'Athée et agissant au nom de la dite société, d'une part; et Paul Hardion, membre exécutant de la susdite Fanfare, demeurant au village de Bono, commune d'Athée, d'autre part; il a été convenu et arrété ce qui suit :
I. La Société, dite Fanfare d'Athée, abandonne au Sieur Paul Hardion, la propriété absolue d'un Cornet à Pistons, muni de sa gaine et de ses accessoires, moyennant l'engagement formel du prenant, à prêter son concours suivant le Règlement commun de la Fanfare, et cela pendant deux années pleines et entières, qui commenceront le premier janvier mil neuf cent et finiront le premier janvier mil neuf cent deux.
II. Le sieur Paul Hardion, prenant possession du dit instrument, s'engage par les présentes, à rester membre exécutant de la Fanfare d'Athée, suivant le règlement adopté par la Société, et cela pendant deux années pleines et entières, qui commenceront le premier janvier mil neuf cent et finiront le premier janvier mil neuf cent deux.
        Faute d'exécution des susdites conditions par l'une ou l'autre des parties contractantes, le présent marché sera annulé de plein droit.
        Fait double à Athée, le premier janvier mil neuf cent.
Lu et approuvé Lu et approuvé
(signé) A. Martin (signé) Paul Hardion

L'Union musicale

        Le Dimanche 7 Janvier, L'Union musicale s'avisa d'organiser une soirée théatrale salle "Ouchet". Voici les titres des principales attractions : "Une nuit sur la scène" __ "Boulbouroche" de G. Courteline, "Une minute trop tard" __ "Les Charbonniers" __ La salle fut assez bien remplie, et la critique ne fut pas trop malveillante.

Une circulaire

        Ce même jour une circulaire ainsi conçue fut adressée à tous les membres honoraires et exécutants de la Fanfare d'Athée.
"M.
Veuillez honorer de votre présence la réunion Générale qui aura lieu salle Chotard, le Jeudi 11 janvier 1900 à 8 1/2 du soir.
Ordre du jour :
1) Concours de Paris 1900
2) Règlement définitif concernant les costumes.

Les comptes

        Le Jeudi 11 Janvier le Trésorier général M. A. Saulquin et le Secretaire trésorier E. Landré se réunirent chez M. Le Curé pour arrêter les comptes de la Société en 1899, ce travail sera communiqué aux membres de la société dans une réunion ultérieure.

Réunion générale

        Le soir de ce même jour à 8h 1/2 commença la réunion Générale de la Fanfare d'Athée.
Etaient présents : M.M. Nossereau, Emile Legeard, Clavier Hardion-Thiou, Victor Gallicher, membres honoraires, M. l'abbé Mesnage, curé, Les membres exécutants dont les noms suivent : André Martin chef, Honoré Fouassier sous-chef, Arthur Chotard, Emile Bardet, Antonin Girard, Joseph-Loiseau, Désiré Imbert, Edouard Thiou, Albert Gallicher, Emile Raimbault, Edouard Saulquin, Emile Landré, Julien Simonneau, Albert Germain, Edouard Legeard, Jules Hardion, Emile Hardion, Anselme Raimbault, Auguste Saulquin Trésorier.
Absents M.M. Henry Collinet, Madame la Baronne Liébert de Nitray, M. Allard Notaire, membres honoraires. Edouard Saulquin, Cousin, Audiger, membres exécutants, et Paul Hardion qui s'était fait excuser.

Irons-nous à Paris ?

        M. le Curé faisant fonction de Président propose de voter oui ou non si l'on irait au concours de Paris pendant l'exposition de 1900; par 23 voix contre une, sur 24 votants, on adopte en principe ce voyage de Paris. Il est ensuite convenu que dans une réunion préparatoire au concours, on décidera de la part que chacun devra fournir comme cotisation pour aider la société dans les frais de ce voyage.
        On procède ensuite à la lecture d'un projet de règlement spécial en vue du concours de Paris. Voici ce règlement tel qu'il a été rédigé en présence de tous les membres ci-dessus et sans protestation, adopté à l'unanimité.

Règlement
Règlement spécial au Concours de 1900.

        Art.1 __ A partir du Jeudi 18 Janvier 1900, une réunion générale des membres exécuatnts aura lieu le jeudi de chaque semaine à 8h 1/2, au lieu ordinaire des répétitions, sous la direction du chef de Fanfare.
Art.II _ Tout membre arrivant en retard, sera passible d'une amende de 0.25.
Art.III _ Tout membre absent, subira une amende fixé à 0.50.
Art.IV _ Seules les raisons majeures telles que la Maladie ou l'absence forcée de la commune, seront admises comme excuses.
Art.V _ La répétition ne durera jamais moins de une heure et demie, et le chef seul aura le droit de la prolonger selon le besoin. Art.VI _ En cas de mauvais temps, le chef seul décidera si l'escuse est suffisante.
Art.VII _ Les répétitions ordinaires de la semaine restent maintenues par le présent règlement.
Vu et approuvé
Le Chef Le Sous-chef
Le Secretaire
Ce règlement étant définitivement adopté, M. le Curé propose de nouveaux articles à ajouter à l'ancien règlement, en ce qui concerne les costumes d'uniforme des musiciens.
        Voic Ce supplément au règlement tel qu'il a été accepté à l'unanimité par lesmembres présents :

Supplément concernant les costumes
Supplément au règlement de la Fanfare

Art.I _ Le Costume des musiciens, se compose d'un dolman et d'un képi d'uniforme, avec pompon ou plumet suivant les grades. Chaque membre se procurera un pantalon noir ou bleu foncé;
Art.II _ Seuls les sociétaires qui ont payé leur costume en sont de droit propriétaires absolus.
Art.III _ La société, consultée sur les restrictions à accorder à certains membres pour l'achat des costumes, décidera à quel chiffre pourra sélever la part contributive à verser par l'exécutant pour qu'il devienne propriétaire de son costume.
Art.IV _ Les costumes appartenant à la société elle-même sont seulement prétés à ceux qui les portent et qui en sont responsables. Ils peuvent être changés et modifiés suivant besoin, après consultation des membres exécutants.
Art.V _ Tous les costumes, indistinctement, doivent être dans un état de propreté parfaite. Quelques jours avant les sorties principales, le Sous-chef devra s'assurer de cette prescription, et des amendes seront aplliquées aux délinquants.
Art.VI _ Il est interdit sous peine d'une amende de 1 franc, de sortir avec son costume en dehors des exécutions musicales.
Art.VII _ Dès que la dislocation de la réunion aura été décidée par le chef de Fanfare, les membres exécutants devront se hater de reprendre le costume civil.
Art.VIII _ Le racommodage des costumes, est à la charge de chaque musicien.
Art.IX _ Les amendes sont fixées comme il suit : 0.25 pour défaut de nettoyage, 0.50 pour déchirures ou détériorations.
        A la suite de ces deux règlements on vote encore à l'unanimité l'article ci-dessous :

Article unique

        Les deux présents règlements seront affichés dans la salle des répétitions.
Le Chef Le Sous-chef
Le Secretaire

Un drôle de succès

        Le Dimanche 14 Janvier,. L'Union Musicale moins heureuse que le Dimanche précédent essaya une deuxième représentation qui au dire de l'ensemble des assistants fut un four complet.
        Voici les trois principaux morceaux de cette mémorable soirée : "A la Chambrée" _ "François Debergne le Patriote" _ "Le plus rusé"
        Il parait que le succès fut pour un certain personnage municipal, qui dans la salle parmi les spectateurs amusa l'assistance plus que les artistes eux-mêmes.
        On se souviendra longtemps aussi d'un choeur chanté sur la scène par quatre anciens jeunes gens dont voici les noms : Blondeau-Caraty, Désiré Volland-Delétang ancien chef de fanfare; Théodore Ouchet ancien autre chef de la Fanfare d'Athée, fondateur directeur de l'Union musicale et enfin M. L'Instituteur Boyer!!! qui reproche au curé d'accompagner les jeunes gens et qui monte sur les planches pour y faire entendre sa belle voix _ au risque d'y laisser tomber son fromage!!! On a vivement regretté l'absence d'un photographe.
        A notre tour, le Dimanche 21 Janvier, après les vèpres, malgré un temps très pluvieux, nous partions avec le vieux drapeau et au son d'un brillant pas redoublé pour aller rendre visite au Sous-chef et au Trésorier de la Fanfare. La pluie cessa heureusement, et nous arrivions vers quatre heures à Chandon chez Monsieur Fouassier père de notre Sous-chef.

A Chandon chez le Sous-chef

        Celui-ci, pour des raisons graves avait dû s'absenter, on l'attendit en exécutant plusieurs morceaux du répertoire et en trinquant plusieurs fois à sa santé en compagnie de sa famille. Le bruit, ou mieux les harmonies de notre musique, favorisées par le vent s'en allaient jusqu'à St Martin le Beau avec une telle puissance que les habitants croyant à l'approche d'une société musicale sortaient à leurs portes pour mieux entendre.

A Nitray chez le Trésorier

        De là par le chemin des villages, nous partons vers 4h 1/2 et nous arrivons à Nitray au domicile de M. Auguste Saulquin notre Trésorier-général. Comme il jouit en ce moment du droit de pêche de Nitray à Wallet, il nous avait invités à manger une friture et ce jour là il tenait sa promesse.
        La température, d'une douceur extraordinaire pour la saison, nous permit de manger en plein air. Des tables avaient été dressées avec soin par MM. Saulquin frères, Avenet-Beauchêne, et Chotard, avec le concours de Madame Aug. Saulquin.

La Friture

        On joua plusieurs morceaux avant de s'assoir à table, et au signal donné chacun s'administra une bonne portion de l'excellente et abondante friture si bien assaisonnée par le Sieur Chotard-Monmousseau. Un excellent vin rouge arrosa cette charmante collation.
        De là après avoir joué un morceau d'adieu, chassés par la nuit, nous reprimes la route d'Athée par le grand chemin, et vers 6h 1/2 nous étions de retour Salle Chotard et chacun s'en alla ravi de cette agréable promenade.

La St Vincent

        Le Lendemain 22 Janvier, suivant l'usage, La Fanfare, en grande tenue vint prêter son gracieux concours à la Société des Vignerons, qui célébraient la St Vincent par une Grand'messe en musique.
        Les fêtes on le voit, se succèdent rapidement et les distractions se multiplient, encouragements précieux pour nos jeunes artistes, et aussi pour la population qui retrouve en eux les éléments d'une union vraiment amicale et fraternelle.
        Le Dernier Dimanche de Février, la grande affiche du Théatre fut remise à sa place accoutumée avec un nouveau programme et l'annonce d'une première représentation pour le Dimanche 4 Mars.

Soirée Théatrale

        Le Programme imprimé sur papier bleu et distribué à 400 exemplaires, était ainsi rédigé :

Dimanche 4 Mars 1900
Soirée Théatrale et Musicale, offerte par la jeunesse d'Athée avec le concours d'artistes amateurs et de la Fanfare d'Athée.
Programme :
_ Première partie : _
Embrassons-nous Folleville _
Vaudeville en 1 acte
Personnages :
Marquis de Manicamp = A. Martin Un chambellan = E. Bardet
Le Vicomte de Chatenay = A. Chotard Berthe de Manicamp = E. Thiou
Le Chevallier de Folleville = A. Girard Un domestique = A. Gallicher
(Costumes Louis XV)
2e Partie
20 Minutes d'Arrêt = Comédie
par M.M. E. Bougrier et P. Nau
L'Ours et la Sentinelle, Grande Pantomime
5 Personnages
Le Phonographe
3e Partie.
Un Client Sérieux.
Comédie en 1 acte
Personnages
Le Président = E. Bardet L'Huissier = A. Girard
L'Avocat Barbenolle = G. Bonnin Lagoupille et Mapipe = E. Landré
Le Substitut = A. Gallicher Alfred Cabaretier = A. Chotard
Assesseurs -- Gendarmes
Chansonnettes, Monologues, Romance etc, etc . . .

        Suivant un récent usage le programme servant d'invitation pour une seconde soirée, portait les titres des pièces qui devaient être exécutées le 18 Mars, nous en reparlerons plus loin.
        La soirée, annoncée par une superbe retraite aux flambeaux, commença à 9h moins un quart les premières étaient envahies, et il resta seulement quelques rangs de vides au fond de la salle.

M. Grégoire ou M. Gabriel Bonnin

        Ce fut M. Gabriel Bonnin de Tours qui ouvrit la séance par plusieurs monologues fort bien dits et très amusants, c'était pour permettre aux acteurs de se costumer à leur aise car pour la pièce principale "Embrassons-nous Folleville" il fallait certains préparatifs plus longs à cause des costumes Louis XV que devaient revêtir les acteurs.
        La photographie ci-contre donnera une idée exacte de la mise en scène.
        Les acteurs furent absolument à la hauteur de leurs rôles et cette pièce fut rendue avec une performance rare; aussi les spetateurs ne ménagèrent-ils pas leurs bravos. Plusieurs des costumes avaient été créés pour la pièce, notamment celui de Berthe de Manicamp et celui du domestique et du Chambellan.
        Le Pantomime l'Ours et la Sentinelle, eut un tel succès de fou rire, que l'assistance en demanda avec insistance une deuxième représentation. Les Personnages étaient : L'Ours : Antonin Girard; La Sentinelle : Emile Landré; Le Sergent : Emile Bardet; Un soldat : Albert Gallicher; Un bateleur : Arthur Chotard. Il faut leur rendre cette justice, qu'ils se sont acquittés de leurs rôles avec un talent remarquable et ont réussi à faire de cette pantomime, une des choses les plus inoubliables de la soirée.

Nos artistes

        Quant à la dernière partie de la soirée "Un Client Sérieux" : Ce fut un vrai triomphe. C'était une réunion imposante de magistrats en robe. Un président et deux assesseurs : M.M. E. Bardet, A. Martin et D. Imbert. Un substitut : A. Gallicher. Un avocat : G. Bonnin. Un huissier en civil A. Girard, deux superbes Gendarmes : J. Hardion et A. Raimbault enfin Alfred le gargotier et Lagoupille ou Mapipe confiés pour la circonstance à M.M. A. Chotard et E. Landré. Toute la mise en scène fut des mieux réussie, mais après Lagoupille ou Mapipe qui fut désopilant, le grand succès fut pour l'avocat M. G. Bonnin qui n'aura rien à envier à nos plus célèbres orateurs du barreau.
        Du reste M. Bonnin nous chanta ou récita plusieurs chansonnettes ou monologues très applaudis.
        Les nôtres ne furent pas en arrière sur ce point. Antonin Girard fut très drôle dans sa chanson du "Marchand de Soufflets", Legeard (Edouard) dans "le Normand perdu dans Paris". Mais surtout Emile Raimbault avec "le coutiau du Pt'it Jobain", amusa la Salle qui l'applaudit avec acharnement et le rappela avec énergie.
        Le Phonographe se fit entendre plusieurs fois et la Fanfare, dans les entr'actes fut chargée de la partie musicale et s'en tira avec un réel succès.
        L'harmonium d'accompagnement était tenu à tour de rôle par M. E. Pitancier et M. le Curé. La soirée, commencée à 9h environ, ne se termina qu'à une heure après minuit et fut cloturée par un bal très animé et un réveillon où la gaité eut une large place.

Deuxième soirée

        Quinze jours après, la 2e partie du programme fut offerte au public: elle était ainsi organisée :

Dimanche 18 Mars
2e Grande Soirée Théatrale et musicale
== Première partie ==
Le Chapeau d'un horloger
Vaudeville en 1 acte
__ Personnages __

___ Deuxième partie ___
Une Consultation
par MM. E. Landré et A. Girard
_____________________________________
Le Phonographe
avec ses derniers perfectionnements

___ Troisième partie ___
Le Célèbre Vergeot
Vaudeville en un acte
== Personnages ==

Popinot . . . A. Martin Crampon . . . H. OLivron
Vergeot . . . E. Landré Pierrot . . . A. Chotard
Athanase . . . E. Bardet Thérèse . . . A. Gallicher
Pompiers : Villageois etc etc .

        Cette fois à la suite de la retraite aux flambeaux, la salle se trouva en un instant à peu près remplie. Le succès de la première représentation, la présence de notre excellent collaborateur le célèbre Fernand, comique, (M. Fernand Labbé) tout concourait à attirer la foule. On ouvrit la soirée à 8h1/4 par une scène comique militaire entre MM. Edouard Saulquin et Emile Raimbault qui amusèrent beaucoup dans leurs bouffonneries de "Barbapoux à la visite".

Berthe

        Le Chapeau d'un horloger, fut admirablement rendu, et l'on remarqua particulièrement les roles de femmes : E. Bardet absolument méconnaissable sous son déguisement et E. Thiou qui déjà dans la première Soirée avait été remarquable dans le role de Berthe de Manicamp. Tellement que le Sieur Boileau (voir plus haut en 1889) crut et croit peut être encore que M. Thiou père qui n'a que deux garçons, avait aussi une fille!! et il lui en fit compliment le soir même. Girard fut surtout étonnant pour sa mémoire imperturbable.
        La Pièce intitulée "Vingt minuts d'arrêt" annoncée pour la première représentation, et qui devait être donnée par MM. E. Bougrier et P. Nau, ne put être exécutée ce jour là par suite d'un deuil imprévu qui vint frapper notre ami Paul Nau, mais à la 2e représentation, E. Bardet et A. Girard se chargèrent de la rendre d'une façon irréprochable et supprimèrent la 2e partie de notre programme : "Une consultation".
        La troisième partie "Le Célèbre Vergeot" fut une réussite complète. Les décors étaient spéciaux, les costumes absolument drôles et d'une variété presque phénoménale. Quant aux acteurs, ils furent tous à la hauteur de leur mission. Popinot vrai type de l'adjoint roublard, Athanase artiste paresseux mais jamais embarassé. Vergeot rusé compère et malin personnage, Thérèse, bonne fille, qui est tellement transformée qu'on ne reconnait plus le père Godillot le portier de la pièce précédente. Le père Crampon un innocent représentant de la loi bon tout au plus à faire peur aux moineaux dans un cerisier. Et les Pompiers !! ah! les bonnes billes!! C'est J. Hardion et A. Raimbault nos gendarmes du "Client Sérieux"! comme le casque leur va bien! Il y avait là un chapeau de paille de pêcheur à la ligne, capable de faire évanouir les carpes, et des bonnets de coton en concurrence avec la Tour Eiffel. C'était du vrai comique.

Les chansons

        Les chansonnettes comiques sont aussi restées célèbres. Ce fut d'abord E. Raimbault très amusant dans "les étrennes de Bigarreau" et aussi dans sa chanson nègre "Bibi-Bambou" avec son singe des plus réussis, sous la peau du quel se cachait E. Legeard.

M. Fernand dans son répertoire

        Mais malgré tous ces succès, le vrai clou de la soirée fut le célèbre comique Fernand Labbé de Tours, qui fut rappelé sur la scène un nombre incalculable de fois; il est impossible de dire dans la quelle de ses chansons il fut le plus désopilant, "Cétait Basile", "Le mouchoir de Chapuzot", "Quand on est de Briouze", "J'suis raid' comme un piquet", "C'est gentil d'être venu!", La balance automatique" etc . . etc . . . on s'en tenait les cotes et plusieurs en ont encore mal aux machoires tant ils ont ri, mais comme "Pitou" le devoir avant tout!!" il fallut se séparer, il était presque une heure du matin quant le spectacle prit fin. Un bal assez joyeux retint quelques jeunesses, et le réveillon ne manqua pas d'entrain. Belle fête en résumé et charmante soirée.

Mi-Carême

        On avait eu la pensée d'organiser une mascarade de la Fanfare pour la Mi-Carême, mais deux ou trois membres de la Société ayant trop tardé à donner leur adhésion, il fut décidé que cette sortie n'aurait pas lieu.Elle fut remplacée par une réunion de la société : salle Chotard, le Dimanche 25 Mars à 5 heures du soir.

Réunion gérérale

        Etaient présents : MM. Emile Legeard, Thiou, membres honoraires; MM. A. Martin, Paul Hardion, Jules Hardion, A. Germain, A. Girard, A. Raimbault, E. Landré, J. Simmonneau, E. Thiou, Emile Hardion, Edouard Legeard, Emile Raimbault, A. Chotard, E. Saulquin, et M. l'abbé Mesnage Curé, membres exécutants.

Une bonne nouvelle

        M. Le Curé communiqua à la société une lettre de M. L'abbé Pichon vicaire à St Symphorien de Tours, et directeur du Patronage, qui manifestait le désir d'amener sa fanfare toute entière, le lundi de Pâques pour assister à la Grand'messe, donner un concert, et faire un déjeuner champêtre en compagnie de la Fanfare d'Athée.

Les oeufs durs

        Naturellement la proposition fut accueillie avec une joie unanime; il fut entendu que la fanfare de St Symphorien fournirait la nourriture substantielle : viande et pain, que nous procurerions à tous le vin la salade et une galette pour le dessert et alors spontanément Jules Hardion à cause des oeufs de Pâques s'inscrivit pour offrir une demie douzaine d'oeufs durs. Son exemple suivi par tous les membres présents qui s'inscrivirent chacun pour une douzaine, nous donna un total respectable qui nous amusa beaucoup. On apprit avec plaisir que nos amis de St Symphorien, s'uniraient à nous pour exécuter plusieurs morceaux d'ensemble, puis on passa à d'autres questions.

Deux présidents

        Monsieur le Curé exposa que depuis la mort de M. le Baron Charles Liébert de Nitray, le président d'honneur n'avait pas été renommé; que depuis environ deux ans, M. Emile Legeard avait donné sa démission de président des membres honoraires, pour rester simple membre honoraire de la Fanfare, et il n'avait pas été remplacé. En conséquence, il proposa de nommer M. Henri Collinet président effectif de la Société en raison des services qu'il a rendu et rend encore à la Fanfare; et de proposer à M. Le Maire d'Athée (M. Silvain Lunais) la présidence d'honneur de la Fanfare. A l'unanimité ces deux propositions furent adoptées.
        Ayant ensuite pris connaissance du règlement que l'on avait envoyé concernant le concours de Versailles du 17 Juin 1900. On examina en quelques instants les principales dispositions à prendre pour en faire partie. Et l'on ouvrit une souscription pour subvenir aux frais du voyage et du séjour à Versailles et à Paris.
        Voici la liste de souscription telle qu'elle fut arrétée ce jour là, en attendant les adhésions et les souscriptions des absents.

V. Mesnage Curé = 40. =
Raimbault père et fils = 30. =
Girard = 30. =
A. Martin = 30. =
Simoneau = 30. =
Hardion père et fils = 30. =
E Landré = 30. =
E. Legeard = 30. =
A. Germain = 30. =
Paul Hardion = 30. =
E. Saulquin = 30. =
A. Chotard = 30. =

Soit au total trois cent quarante francs. Cette liste sera continuée à une prochaine réunion.

Photographies

        A la suite de cette souscription, M. le Curé distribue à titre gracieux à chacun des membres les photographies en groupe sur lesquels ils figurent, et à 7h du soir la séance est levée après un agréable rafraichissement offert par quelques uns des sociétaires.

Nouveau membre honoraire

        Le Dimanche 8 avril, à la suite d'une répétition musicale dans la salle Chotard, M. Silvain Ledru se fait inscrire comme membre honoraire de la Fanfare avec cotisation de cinq francs.

Fête remise

        On apprend que la musique de St Symphorien ne pouvant se trouver au complet pour le rendez-vous du Lundi de Pâques, a remis sa promenade au Dimanche suivant Quasimodo. Ce jour la si le temps le permet, ce que nous désirons tous, le déjeuner des deux sociétés aura lieu au presbytère d'Athée à l'ombre du grand cèdre qui décore la cour.

Un accident

        Le neuf Avril un de nos jeunes instrumentistes le sieur Emile Raimbault jouant avec ses camarades dans la cour de l'école, tomba si malheureusement qu'il se cassa le bras droit et se vit condamné à environ quarante jours de repos.

Pâques

        Le Jour de Pâques par un temps magnifique sous un brillant et chaud soleil, la Fanfare arriva pour la Grand'messe, aux accents d'un joyeux pas redoublé (Le Noeud Gordien). La cérémonie à l'église eut la même solennité et le même éclat que l'année précédente. Du haut de la chaire M. Le Curé annonça aux paroissiens une nouvelle fête religieuse et musicale avec le concours des fanfares de St Symphorien et d'Athée.

Concert

        A l'issue de la Grand'messe sur la place de l'église, et malgré l'ardeur du soleil, la fanfare ex&eaxute;cuta deux brillants morceaux : Nicolas II, pas redoublé et le Fil d'Ariane, une fantaisie actuellement à l'étude pour le concours de Versailles. Les applaudissements des auditeurs nous prouvèrent leur satisfaction, et l'on rentra joyeusement au siège de la société.

La Dèche

        Vers 4 heures, la société rivale essaya ses cuivres sur le beau pas redoublé Le Noeud Gordien dont nous avons parlé plus haut. Hélas! Ils en firent une vraie caricature on ne le reconnassait plus, il est vrai que le nombres des exécutants était presque grotesque; et le chef exaspéré, se démenait comme un diable sans pouvoir ramener l'harmonie et la mesure dans les rangs de ses artistes. En désespoir de cause, et pour lever le pied plus héroïquement, il fit exécuter la Marseillaise. Pauvre chant national! on en fit une exécution!! . . . capitale!!!

Réunion Générale

        Le Mardi 17 Avril à 8h. du soir dans la Salle Chotard s'ouvrit une nouvele réunion dans la quelle on s'occupa de la fête du 22 Avril prochain.
        Etaient présents M.M. Em. Legeard Nossereau, Clavier, V. Gallicher, Thiuo, membres honoraires. M. le Cur&eacure;, M.M. Martin chef, A. Chotard, Em. Bardet, A. Girard, Ed. Thiou, Al. Gallicher, Paul Hardion, Em. Landré, Em. Hardion, Jules Hardion, Ed. Legeard, membres exécuta,ts.
        Après avoir lu quelques passages du livre d'or de la Société, on décida d'un commun accord :
        1) Que la somme votée précédemment pour les oeufs de Pâques étant plus que suffisante pour en offrir un à chaque convive, il serait fait cinq galettes de deux francs pour le dessert, et que le reste de l'argent en couvrirait les frais.
        2) Que M.M. les membres honoraires qui prendraient part au banquet, offriraient le café à tous convives.
        3) Que chaque membre cotiserait pour la somme de un frnac afin d'offrir l'apéritif et de subvenir aux frais imprévus, tels que : fournitures de matériel, frais de cuisine, frais de sevice etc...
        4) Que la Fanfare d'Athée offrirait un bouquet à M. Guillon chef de Fanfare de St Symphorien.
        5) Que les membres qui s'absenteraient du groupe des musiciens soit pendant la messe soit pendant le banquet, soit pendant le Concert, seraient passibles d'une amende.

Deux vieux briscards

        6) Comme il se trouve dans la société des membres qui en font partie depuis déjà de longues années, on adopta à l'unanimité de les gratifier d'un chevron doré sur le bras gauche et d'en faire comme au régiment, de vieuxbriscards. Cette distinction fut accordée à M.M. Paul Hardion 1er Piston solo, et à Jules Hardion - Grosse Caissse - de la Fanfare qui comptent au moins vingt deux ans de présence dans la Société.

Programme

        7) Enfin il fut convenu que le Programme de la fête resterait fixé comme il suit :
à 9h 3/4 Salve d'Artillerie
à 10h Grand'Messe en musique
à Midi, Banquet fraternel de 70 couverts
à 2 heures Concert instrumental
sur la place de la Mairie
à 3 heures départ des deux sociétés
Pour la gare de St Martin-le-Beau.
        Les membres honoraires sont invités par lettre, à prendre part à la fête et au banquet. Une affiche en couleurs portant le programme ci dessus fut apposée sur un mur le jeudi 19 Avril afin de renseigner les habitants.

Préparatifs

        Le Samedi vingt et un Avril, les préparatifs de la fête du lendemain, commencèrent au Presbytère. Le hangard qui se trouve auprès du cèdre, fut orné et décoré avec soin; au fond, fut placée une grande toile peinte, représentant le chateau de la Chesnaye avec son avenue principale, Le mur de droite était orné du drapeau de la Fanfare (1889) celui de gauche, était garni de l'affiche en couleurs qui sert pour les annonces du Théatre, la décoration intérieure était complétée par des drapeaux tricolores.
        La façade était celle du théatre, qui s'ajustait là comme si elle eut été faite pour cet emplacement.
        La porte principale du Presbytère était surmontée d'un écusson bleu ciel orné d'une lyre d'argent que couronnait une étoile d'or; au dessus de cet écusson, flottaient quatre drapeaux tricolores, encadrant l'ancienne bannière de la Fanfare d'Athée.
        Lorsque tout fut prêt, on suspendit dans les branches du cèdre, de gracieuses guirlandes multicolores, puis on dressa les tables.
        Au fond la table d'honneur complétée par deux tables latérales comprenait en tout dix sept couverts. Deux autres longues tables parallèles, comptaient ensemble cinquante cinq couverts, étaient installées sous les branches vertes du grand cèdre.
        Des fleurs odorantes et fraiches décoraient ces tables, et un superbe bouquet ornait celle du milieu.

Menu

        Voici le menu simple mais excellent de ce repas fraternel.

Saucisson
Gigot d'agneau roti au four
Oeufs durs
Salades
Galette feuilletée
Fromage
Vins de la Chesnaye et de Nitray
Café - Eau de Vie

Organisation

        Le Président M. Collinet avait offert soixante litres de vin rouge, Madame La Baronne Liébert de Nitray : quinze litres de vin rouge et 25 bouteilles de vin blanc, ainsi que l'eau de vie. Les membres honoraires offraient le café, M. le Curé offrait le pain et les gateaux, Les membres de la Fanfare de St Symphorien se chargeaient de la viande; ceux de la Fanfare d'Athée, offraient les oeufs durs, la galette, sans oublier l'apéritif (vermouth). Enfin le chateau de la Chesnaye avait aussi fourni la salade.
        Le matériel de service et la cuisine étaient aux charges de la maison Chotard Monmousseau et de M. Nossereau boulanger.

Le Journal

        Laissons d'ailleurs la parole à la presse, car Le Télégramme et La Touraine Républicaine ont raconté avec assez de détails cette fête musicale.
        Le Télégramme du 26 Avril publie l'article suivant ;
        Solennité musicale
        "On nous écrit :
        "La fête que vous aviez annoncée a eu lieu Dimanche 22 courant, par un temps magnifique et presque trop Chaud. La Fanfare de St Symphorien arrivait à St Martin le Beau à 9h du matin, et traversait le bourg au son d'un brillant Pas Redoublé. Une foule de gens, groupés aux portes et dans les rues, saluaient la fanfare sur son passage. Les musiciens, au nombre de trente deux, prirent la route d'Athée, où malgré la chaleur et la distance ils arrivèrent à pied vers 10h.
        "Au moment où ils recevaient le salut de leurs camarades d'Athée, une salve de trois coups de canon, tirés au chateau de la Chesnaye les annonçait à la population. Les cloches sonnaient à toute volée, et l'on se dirigea vers l'église en traversant les rues du bourg.
        "En tête marchait le superbe drapeau de la fanfare d'Athée. Nos musiciens s'étaient mélés aux nouveaux venus, et formaient avec eux un respectable ensemble de 56 exécutants. La riche bannière de St Symphorien fermait la marche. En entrant au bourg le groupe des deux fanfares, sous la direction de M. Guyon, attaqua avec un entrain remarquable, le pas redoublé patriotique qui se compose des chants nationaux de la France.
        "A la messe en musique, les deux sociétés musicales alternèrent pour l'exécution de plusieurs agréables morceaux. Deux chanteurs : MM. F. Labbé et H. Bruneau se firent entendre avec un réel talent. L'assistance, considérable, suivit le reste de la journée nos chers musiciens.
        "Après la messe, on se rendit musique en tête prendre l'apéritif au lieu de réunion de la fanfare d'Athée : salle Chotard, et à midi et demie s'ouvrait le banquet en plein air, au quel prenaient place soixante dix convives. Les tables étaient ornées de fleurs, et surmontées de fraiches et élégantes guirlandes.
        "La gaité la plus cordiale ne cessa de régner pendant tout le repas, on y but d'excellent vin de la Chesnaye et de Nitray, et l'on s'aperçut avec plaisir que l'appétit ne faisait pas défaut.
        "Au dessert, le plus jeune des musiciens de la fanfare d'Athée, dans un charmant petit discours, souhaita au nom de tous la bienvenue à nos camarades de St Symphorien, et remit à M. Guyon un superbe bouquet habilement confectionné par M. Bardet.
        "Les membres honoraires d'Athée, qui étaient présents au banquet, portèrent à leur tour un toast à la fanfare de St Symphorien.
        "Le directeur de la société M. P., répondit par une courte improvisation, pleine de coeur, et les applaudissements et les cris de Vive St Symphorien ! Vive Athée !! se succédèrent pendant longtemps. Le Phonographe se mit de la fête et nous fit entendre plusieurs morceaux.
        "Alors, M. F. Labbé et M. Cavalier, se succédèrent pour nous donner, l'un de charmantes et drolatiques chansonnettes; l'autre une admirable romance.
        "De là on se rendit au concert public. A cause des rayons trop ardents du soleil, on s'installa dans un joli bosquet de la propriété du Pavillon, et là, vu le peu de temps disponible, la Fanfare de St Symphorien fit seule les frais du concert et donna quelques morceaux très réussis.

Le départ

        "Enfin, l'on repartit pour le presbytère où l'on trinqua une dernière fois avant de reprendre la route de St Martin le Beau. Ce ne fut pas sans peine que nos amis parvinrent à gagner le train de cinq heures; Ils ne pouvaient se décider à nous quitter; enfin l'heure de la séparation ayant sonné, ce fut par un long cri que nos deux sociétés se saluèrent.
        "La Fanfare d'Athée, qui était venue jusqu'à la gare de St Martin le Beau, au son d'une joyeuse marche militaire, et se rendit à l'hotel de la Boule d'Or, où l'on prit un léger rafraichissememnt.
        "De là une deuxième station à Chandon chez notre sous-chef M. Fouassier et enfin rentrée en musique à notre domicile.
        "Belle et charmante journée dans la quelle la joie nous paya largement de nos fatigues.
        "Notre voeu le plus sincère, est de voir recommencer de temps à autres d'aussi agréables réunions.

"Un membre honoraire"

        Si détaillés que soient ces renseignements, nous sommes en mesure de les compléter encore.

Un braillard

        Au passage des musiciens, à l'arrivée au bourg, un jeune soldat revenu d'Algérie pour quelques semaines de convalescence, le sieur Ouchet, cria parait-il en apercevant dans les rangs, le curé de la Paroisse : "enlevez la Calotte!!" ce cri resta sans écho.

La Messe

        A la messe voici le programme qui fut ponctuellement suivi.
        Entrée (Marche solennelle) par la Fanfare de St Symphorien, installée dans le choeur. Kyrie et Gloria par la Fanfare d'Athée dans la tribune.
        Après l'Evangile, M. l'abbé Mesnage qui célébrait la messe, monta en chaire et fit l'éloge en quelques mots des deux sociétés présentes, adressa des remerciements à tous ceux qui avaient contribué à la fête, et annonça le concert pour l'après-midi.
        Le Credo fut chanté par M. F. Labbé alternant avec les chantres.
        Le Sanctus de Beethoven, accompagné par notre organiste M. Pitancier fut exécuté par M. H. Bruneau.
        A l'Elévation M. F. Labbé fit entendre un superbe O Salutaris.
        L'Agnus Dei fut joué par la fanfare d'Athée qui fit entendre à la Communion l'andante de F. Boisson : Prière du Matin.
        Le plus beau morceau de toute la messe fut la fantaisie "La fée joyeuse" exécutée merveilleusement par la fanfare de St Symphorien au moment de l'Offertoire.

Le Salut

        Après la Messe eut lieu le Salut du St Sacrement présidé par M. L'abbé Pichon.
        M. F. Labbé chanta admirablement L'O Salutaris de Lefebure, accompagné par M. Guillon. Un très beau Magnificat à deux voix fut ensuite exécuté par M. H. Bruneau et M. Le Curé.
        Enfin la fanfare de St Symphorien joua une harmonieuse sortie avec effets de castagnettes.
        Nous avons omis de dire que les galettes destinées au dessert avaient été bénites pendant la messe par M. l'abbé Pichon.
        Elles étaient portées sur un superbe brancard orné avec soin par M. Guy Saulquin, et surmonté d'une lyre dorée. Les porteurs étaient MM. Ed. Legeard et Ed. Thiou, l'offrande était faite par Ed. Saulquin, tous les trois en costume de musiciens.

Discours

        Au déjeuner, ce fut Ed. Saulquin qui prit la parole pour souhaiter la bienvenue à nos amis. Voici le texte de son discours :
        "Messieurs et Chers camarades :
        "C'est parce que je suis le plus jeune des musiciens de la fanfare d'Athée, que je suis chargé par notre société, de dire à nos amis de St Symphorien de Tours, combien nous sommes joyeux de nous trouver avec eux aujourd'hui dans cette réunion fraternelle. Si l'harmonie est la base de la musique, elle est aussi la base de l'Union. Il n'est donc pas étonnant que nous soyons si bien d'accord quand il s'agit de festoyer et de rire un peu.
        "Aussi en vous donnant la main comme à de vieux amis, nous avons cru Messieurs nous apercevoir que de votre part, il y avait également pour nous, une vive sympathie, c'est pourquoi nous fraternisons sincèrement aujourd'hui, et nous n'avons qu'un regret, c'est que la fête soit trop courte.
        "Nous ne voulons pourtant pas le terminer sans vous remercier tous de la bonne idée que vous avez eue, de venir nous voir, et témoigner une vive reconnaissance à vos chefs, à M. L'abbé Pichon et à M. Guillon, en un mot à tous ceux qui comme vous ont apporté tant d'empressement à l'organisation de cette assemblée.
        "Cette fête est vraiment belle Messieurs, vous y concourez pour une large part; mais nous tenons à vous dire, que si la fanfare d'Athée a voulu vous recevoir dignement, elle y a été fortement encouragée par la gééreuse intervention de son Président M. H. Collinet, de Madame la Baronne Liébert de Nitray, et de MM. les membres honoraires, qui tous ont voulu prendre part à l'organisation de notre solennité musicale.
        "Enfin Messieurs, pour terminer ce charmant repas champêtre, vous voudrez bien accepter pour votre chef Monsieur Guillon, ce bouquet, frais souvenir des heureux moments que nous avons passé ensemble.
        "C'est la Fanfare d'Athée qui vous l'offre à tous dans la personne de votre habile directeur; et faisant des voeux pour la prospérité de votre société, nous crions tous :
        "Vive la Fanfare de St Symphorien"!!

Réponse

        Nous regrettons de ne pouvoir donner la charmante réponse de M. L'abbé Pichon au nom de la Fanfare de St Symphorien mais nous ne pouvons essayer de la reproduire nous craindrions d'en oter tout le charme et d'en diminuer la grace et le talent.

M. F. Labbé

        C'est alors que F. Labbé nous dilata l'esprit en chantant avec son entrain accoutumé:

C'est gentil d'êtr' venu
D'puis l'temps qu'on n's'était vu
Chaqu'fois qu'vous pourrez v'nir
Ça nous f'ra bien plaisir !!!

        Comme on le rappelait frénétiquement, il nous servit comme second numéro :

J'suis raid' comme un piquet!!!

Mais au dernier refrain ce farceur là changeant les paroles se mit à dire

"J'suis raid' comme un piquet,
Mais j'vous jur' qu'c'est pas d'ma faute
Si j'ai mon pt'it plumet
C'est d'la faute à M'sieur l'Curé!!!"

Ce fut une explosion de rires, car c'était dit avec une mimique si drôle; qu'on ne pouvait retenir l'hilarité générale.

M. Cavalier

        Puis M. Cavalier, de la fanfare de St Symphorien, entonna d'une voix pleine et vraiment musicale, la fameuse romance :"La voix des chênes". On l'applaudit longuement et l'on écouta ensuite au Phonographe. La célèbre chanson "la Charette" et "le Fiacre Automobile".
        Enfin au nom des membres honoraires, M. le Curé porta un dernier toast à nos amis de Tours, et l'on se disposa à partir pour le Concert.
        Toutefois, pour remercier M. le Curé de son aimable hospitalité, M. Guillon fit exécuter dans la cour du presbytère une merveilleuse fantaisie sur les Dragons de Villard, ce fut un nouveau succès.

Coup manqué

        Pendant que nous étions à table,les aiguilles avaient tourné, le concert devait avoir lieu à deux heures, il en était presque 3. Nos adversaires de l'Union Musicale avaient compté nous jouer une bonne place en s'emparant de la place de la Mairie précisément à deux heures pour essayer d'amener une querelle.
        Ils avaient organisé une petite solennité héroï-comique, à l'occasion du retour en congé, du jeune Armand Ouchet, qui revenait après 18 mois d'absence en Algérie du milieu du Sahara, où parait-il les Lions ou les fourmis devaient infailliblement le dévorer.

Un Z'héros

        Pour célébrer ce grand triomphe et en attendant qu'on lui dresse une statue, on partit au son du tambour avec les instruments sous le bras, pour aller à sa rencontre sur la route de St Martin le Beau, après avoir eu soin préalablement de l'envoyer sur ce chemin, car il était arrivé de la veille au domicile de ses parents.
        Ce fut au son d'une maigre Marseillaise oh! combien maigre!! qu'on l'amena sur la place en présence de M. l'adjoint dont le sobriquet est plus connu que le nom de famille.

Les Orateurs

        Le susdit adjoint lui fit un petit laïus où tous les membres de phrases étaient encadrés dans des "Vive la République!" Puis ce fut le tour du sieur Boyer instituteur qui harangua ce jeune héros comme une gloire indiscutable de l'école primaire d'Athée. Malheureusement nous autres qui avions les pieds sous la table nous n'avons eu de tout cela que des échos lointains. Nous avions espéré que la presse régionale nous ramasserait quelques précieux débris de ces curieux monuments, hélas! les journalistes sont bien ingrats!!!!
        Il parait que les douze ou treize musiciens qui entouraient le jeune soldat regardaient souvent l'horloge du bourg espérant toujours nous voir arriver afin de nous disputer la place. Ils commençaient à perdre patience et allaient s'en aller quand enfin ils aperçoivent le drapeau et la Bannière qui brillaient au soleil.

Quel Nez

        Alors un grand calme se fit, un calme comme celui qui précède les tempêtes. Et la fanfare d'Athée mélée à celle de St Symphorien passa devant le nez de ces pauvres artistes en dèche sans chercher à pénétrer sur la place, et s'en alla s'établir dans le magnifique bosquet du Pavillon, propriété de M. Collinet. Le public bien entendu y fut admis et jamais peut être la place de la Mairie ne fut si proprement et si rapidement balayée que par le passage de notre imposant cortège, un instant après, la place ressemblait à un petit Sahara.

La Loi!!

        Le Télégramme a raconté le reste. Pourtant, au moment où nous jouions dans le bourg avant d'aller prendre l'apéritif, Le Sieur Renard, garde champêtre en temps ordinaire, et tambour de ville à l'occasion, récitait une petite affiche au milieu de la voie publique, il ne jugea pas à propos de se déranger pour ces cuivres soi-disant réactionnaires et préféra vociférer dans le pavillon de nos instruments, où sa voix s'enferma en pure perte. Une belle occasion pour verbaliser n'est-ce pas??
        Une distribution de cigares offerts par M. l'abbé Pichon fut faite à tous nos musiciens au moment de la séparation.

Délicatesse fin de siècle

        Nous avions à regretter un léger accident arrivé à notre drapeau: la cravate tricolore se perdit en chemin entre Athée et St Martin le Beau, mais il est certain que si elle ne fut pas retrouvée par l'un des nôtres elle fut trouvée par une personne peu délicate qui à ce jour a oublié de nous la rendre.
De plus le Drapeau mal installé dans une voiture fut légèrement froissé et un peu taché par un contact avec l'une des grosses caisses que l'on avait montées dans cette même voiture pour s'en débarasser.

Remerciements de M. l'abbé Pichon

        Le 24 Avril M. le Curé recevait de M. l'abbé Pichon la lettre ci-dessous :
                      Tours 23 Avril 1900
               Cher Monsieur le Curé.
        Du gentil pays d'Athée, et par dessus tout de l'aimable et gracieuse hospitalité que nous y avons reçue, tous nous rêvons délicieusement. Non! les Hébreux captifs n'éprouvèrent pas plus de joie à chanter la Patrie absente, que nous n'en éprouvons à faire le récit de la belle fête que vous aviez préparée.
        La comparaison vous semblera forcée peut-être, parce que, dit le proverbe, toute comparaison cloche. Je la laisse parce qu'elle est vraie ici.
        Au nom de tous les musiciens de la fanfare de St Symphorien, et en mon nom propre, merci, mille fois merci, mon cher Monsieur le Curé.
        Jamais nos musiciens n'avaient été reçus avec autant d'amabilité et de sympathie. Votre petit mot à la messe les a tous ravis. Du premier coup, vous les avez entièrement conquis. Puissent-ils toujours suivre le bon chemin.
        Toujours bien à vous. J'attends le plaisir de vous voir.
                      Ch. Pichon
               30 rue St Symphorien
        Cette lettre était suivie des quelques lignes que voici :
        La fanfare de St Symphorien envoie son bon souvenir à tous ses amis d'Athée.
        Vive la fanfare d'Athée!
Tel est le cri qui sort de toutes les poitrines.

Réponse de M. l'abbé Mesnage

        A cette charmante lettre, M. le Curé répondit immédiatement ce qui suit:
               Mon cher abbé
        Si la musique de St Symphorien a remporté d'Athée, un bon et durable souvenir, Notre fanfare d'Athée, n'oubliera pas non plus la charmante fête qui en nous réunissant, nous a procuré la joie de faire la connaissance de si aimables visiteurs.
        Les détails de cette fête fraternelle, nous espérons les confier au journal, mais ils seront écrits en entier au livre d'or de notre Fanfare, et votre nom mon cher Abbé ainsi que celui de M. Griffon, y figureront à la place d'honneur.
        Si une nouvelle occasion de rapprochement se présente, nos deux sociétés se rediront avec joie les souvenirs de cette mémorable journée.
        Quant à nous, membres de la Fanfare d'Athée, honoraires ou exécutants, nous crions à pleins poumons :
                      Vive la Fanfare de St Symphorien
               V. Mesnage
        Curé

Les Convives

        Pour terminer les détails de cette belle fête, voici les noms des convives du banquet fraternel:
        A la table d'honneur, M. l'abbé Mesnage Curé d'Athée, avait à sa droite : MM. Guillon, chef de la fanfare de St Symphorien, Martin chef de la fanfare d'Athée, Cousin chef de musique de Bléré et membre actif de notre société. Fouassier sous-chef de la fanfare d'Athée, Lannoy chef de la Société les Enfants de la Fuie (Tours) Vitalis, Tessier, Lecomte._ A gauche : M. l'abbé Pichon, vicaire directeur du patronage et de la Fanfare de St Symphorien. M. Pitancier, MM. : F. Labbé, Baudry (Bléré), Auguste Germain, Sivain Landré, Emile Legeard, membres honoraires;
        Aux autres tables avaient pris place suivant leur bon plaisir :
Pour St Symphorien :Pour Athée :
M.M.M.M.
ParfaitPaul Hardion
DehestArthur Chotard
DecourtAimé Audiger
DeluzierArthur Landré (en permission)
BourreauAntonin Girard
ManpetitEmile Bardet
PinguetEdouard Thiou
GasnièreAlbert Gallicher
LaurentEmile Raimbault
BertrandEdouard Saulquin
RobinAuguste Fillet
RabotEmile Landré
RouxJulien Simonneau
CavalierEdouard Legeard
GuignardAlbert Germain
DeniauJules Hardion
SaulquinRaymond Raimbault
RégnierAnselme Raimbault
PerthuisEmile Hardion;_Membres
Jamin- exécutants -
KronAmand Bardet
CharyDonatien Nossereau
BuronAuguste Saulquin trésorier
ReverdyVictor Gallicher
LarbreHippolyte Thiou
membres honoraires
Auxquels on adjoignit Ernest Saulquin un de nos anciens camarades actuellement à Tours.

Le Service

        La table fut servie par deux valets de chambre du chateau de la Chesnaye MM. Plou et Léon Vernon, aidés de Vernon père. Soit au total 70 personnes comme le portait le programme de cette inoubliable réjouissance.
        Ce jour là on remarquait dans les rangs de nos musiciens : MM. Jules Hardion et Paul Hardion, qui portaient fièrement leurs nouveaux galons.

Fin d'une légende absurde et calomnieuse

        Le premier Mai à 8h et demie du soir, M. l'abbé Mesnage curé de la Paroisse, fit convoquer par devant M. Le Maire (Silvain Lunais.) le Sieur Théodore Ouchet, directeur de l'Union Musicale.
        M. Le Curé ayant depuis deux ans à se plaindre d'une imputation calomnieuse, par laquelle on l'accusait publiquement d'avoir était cause du départ de Armand Ouchet an Algérie pour son service militaire, voulut avoir des explications catégoriques à ce sujet.
        En présence du Maire il interrogea M. Ouchet père, qui fut réduit à dire 1) Qu'il n'avait aucune preuve pour accuser M. le Curé, 2) Que l'accusation avait été portée sans preuve par Lui et sa famille; 3) Que son fils Armand en rentrant pour quelques jours de congé, avait dit qu'il se vengerait; Enfin il promit de ne pas recommencer cette calomnie, et de ne pas l'entretenir parmi ceux qui l'ayant entendue précédemment seraient tentés de la croire.
        M. le Curé, s'étant déclaré satisfait par ces explications, déclara à M. Ouchet, que s'il avait persisté dans ses dispositions précédentes, il aurait été appelé à s'expliquer soit devant la justice de paix, soit devant la police correctionnelle.
        Ainsi finit à l'amiable cette absurde légende qui avait excité tant d'animosité dans la société l'Union Musicale.

Elections municipales

        Le 6 Mai eut lieu un premier tour de scrutin pour nommer un nouveau conseil municipal. L'ancien était composé comme il suit : M.M. Lunais Silvain, maire. Hardion Pelé adjoint, Besnard, Boileau, Donard, Jaumain, Baron Liébert de Nitray, Raimbault, Rognet, Rossignol, Docteur Hyppolyte Thomas, Pierre Volant, conseillers municipaux.

Les Moucherons

        Ce conseil sans être une perfection, était composé de gens en majorité paisibles et bienveillants, mais voilà que tout à coup la camarilla Ouchet, renforcée de la troupe Moreau (buraliste) organisa une campagne formidable, dans la quelle entrèrent comme principaux agents; les sieurs, Boyer instituteur, Vry Père et fils, Edmond Berthelot, Amand Landré Armand Ouchet alors en congé réglementaire; ils étaient renforcés par les nommés Volant-Delétang notre ancien chef, Moreau-Amelot buraliste, et Théodore Ouchet; cabaretier, n'oublions pas non plus le fameux Mabile, gardien du pont de Chandon etc. etc. etc. Grâce à une pression électorale ils parvinrent à se mettre à la remorque de M. Silvain Lunais l'ancien maire et à faire ainsi non sans peine, passer leur liste toute entière dont voici les noms: Lunais-Amirault; Hardion-Pelé, Boileau-Douard, Douard-Molineau, Moreau-Amelot, Blondeau-Caraty, Volant-Delétang, Gallicher-Avenet, Volant-Derret, Vincendeau-Pinon, Suet-Gangneux, Briais-Dupuy.

Nos succès électoraux

        Quelques uns des nôtres eurent des voix au premier scrutin. M. Collinet 29. Legeard-Germain 3. L'abbé Mesnage 4, dont une avec mention : directeur du théatre. Nossereau 9. puis M.M. Allard, Anselme Raimbault, Ledru etc. Auguste Saulquin notre trésorier, à cause de sa qualité de pêcheur à Nitray, fut gratifié du titre de : "Pauvre pêcheur, maintenant et à l'heure de notre mort, ainsi soit-il!!!!"

Belles promesses !!!!

        En ce qui concerne la Fanfare, il se trouva parmi les nouveaux élus des énergumènes tels que Vincendeau, Briais, Hardion-Pelé, qui s'imaginèrent déjà avoir détruit notre Société. On parla immédiatement de dissolution de la Fanfare, d'interdiction de sortir, de suppression des Processions, etc. etc. mais la question dominante fut le départ déclaré nécessaire, de l'abbé Mesnage curé. Toutefois comme on n'avait pas de motifs pour le faire mettre en disgrâce, on imagina de lui faire proposer de l'avancement supposant bien qu'il ne pourrait refuser. Le Curé répondit que tant qu'à accepter de l'avancement de la part du Conseil Municipal, il voulait être élu Pape!!! ni plus ni moins, ou alors il n'acceptait rien. Il est probable en conséquence qu'il attendra encore longtemps.
        Nous verrons maintenant, si les farouches conseillers, nous empêcherons de jouer en public et de prendre part aux fêtes du Pays.

Demande d'autorisation

        Le Vendredi 18 Mai, M. le Curé, agissant comme secrétaire de la Fanfare, adressa à M. le Préfet d'Indre et Loire une demande d'autorisation de la Société musicale dite Fanfare d'Athée.
        Cette demande,, sur papier timbré à 0,60 était ainsi rédigé:
        Monsieur le Préfet d'Indre et Loire
Les soussignés: Collinet Henri, propriétaire à la Chesnaye, commune d'Athée, président de la Société musicale dite Fanfare d'Athée, et Martin André, journalier, chef de la dite fanfare, ont l'honneur de solliciter de votre bienveillance, l'autorisation Préfecturale pour la Société sus-nommée.
        Ils joignent à cette demande, la liste des membres de la Fanfare, tant exécutants, qu'honoraires, ainsi qu'une copie des statuts, et se tiennent à votre disposition pour fournir s'il y a lieu d'autres pièces indicatives.
        Espérant obtenir la faveur qu'ils demandent, les soussignés, ont l'honneur Monsieur le Préfet, de vous adresser leur profond respect.

Signé:
Le Président.Le Chef de Fanfare
H. Collinet.A. Martin.
Athée 15 Mai 1900.
Voici la liste complète des membres actuels de la Société, au mois de Mai 1900.
Nom Prénom Profession Age Emploi
Commission administrative et Bureau
Lunais Silvain Maire 51 Président d'honneur
Collinet Henry Propriétaire 46 Président
Saulquin Auguste Pêcheur 48 Trésorier général
Martin André Journalier 30 Chef de Fanfare.E.
Fouassier Honoré Domestique 30 Sous-chef.E.
Landré Emile Charron 25 Trésorier adjoin.E.
Thiou Edouard Cordonnier 14 Archiviste.E.
Mesnage Victor Curé 37 Secrétaire.E.
Membres honoraires
Baronne Liébert de Nitray Louise Propriétaire 63 Membre honoraire
Allard Gaston Notaire 34 id
Pitancier Elie Huissier (Bléré) 33 id
Germain Auguste Négociant 53 id
Landré Silvain Charron 68 id
Chotard Paul Maitre d'hotel 51 id
Bardet Amand Jardinier 46 id
Clavier François Maréchal 50 id
Nossereau Donatien Boulanger 47 id
Legeard Emile Négociant 43 d
Besnard Joseph Cultivateur 50 id
Thiou Hippolyte Cordonnier 47 id
Gallicher Victor Charretier 47 id
Ledru Silvain Entrepreneur 39 id
Nom Prénom Profession Age Emploi Adresse
Membres exécutants
Hardion Jules Maçon 46 Exécutant
Raimbault Anselme Journalier 49 Porte-Drapeau
Hardion Paul Cultivateur 38 Exécutant à Bono
Cousin Aimé Propriétaire 35 id à Bléré
Loiseau Joseph Mécanicien 41 id à Granlay
Simonneau Julien Domestique 35 id Gatinelle
Imbert Désiré Jardinier 30 id Nitray
Gardeau Louis Cultivateur 31 id au Vigneau
Chotard Arthur Tonnelier 25 id au Bourg
Landré Arthur Charron 22 id id
Germain Albert Tonnelier 21 id id
Girard Antonin Domestique 19 id à Bono
Bardet Emile Jardinier 18 id Chesnaye
Hardion Emile Maçon 16 id au Bourg
Raimbault Emile s.p. 14 id id
Raimbault Raymond s.p. 14 id id
Gallicher Albert Menuisier 14 id id
Legeard Edouard épicier 14 id id
Saulquin Edouard s.p. 13 id id
Audiger Aimé cultivateur 28 id S.M.le Beau
Maillart Georges tonnelier 17 id id
Fillet Auguste Négociant 30 id Az.s/Cher
Terriet Arthur Boucher 21 id id

Assemblée

        Le Dimanche vingt Mai, arriva la fête du Pays qu'on nomme l'Assemblée, de nombreuses baraques de forains, tirs, jeux de massacre, berlingots et même un manège de chevaux de bois, s'établirent sur la place de la mairie, à la grande satisfaction des petits et grands enfants. La plupart de ces forains nous sont déja connus, ce sont des abonnés de l'assemblée, quand ils ne sont plus là par hazard une année, ont se demande s'ils sont toujours vivants.

        Au sujet de cette fée, nous lisons dans le Télégrame d'Indre et Loire, le récit suivant:
        "Dimanche dernier, l'assemblée d'Athée par un temps superbe, avait amené au pays, une foule de gens des environs; la jeunesse était d'une gaité remarquable, les forains plus nombreux qu'à l'ordinaire, qui avaient envahi toute la place de la Mairie, ont dû faire une bonne recette. Les enfants, eux aussi, se sont réjouis et bien amusés. Le bal a été très animé.
        "La fanfare d'athée, vers 4 heures, a donné sur la place un brillant concert.
        "La soirée a été encore plus animée que la journée elle-même, et hier soir encore, toute la population du bourg est revenue rendre visite aux boutiques et aux jeux installés sur la place; ce n'est que vers deux heures du matin que la fête s'est terminée".
        L'Union musicale, renforcée d'une troupe de musiciens de St Georges et de St Martin le Beau voulut aussi se faire entendre dans les intervalles de nos morceaux, ce ne fut pas avec un égal succès, aussi, bien qu'arrivée la dernière, elle quitta la place avant nous.
On avait pourtant dit que grâce au nouveau conseil municipal, la Fanfare d'Athée et surtout le Curé, n'allaient plus avoir le droit de sortir sur la voie publique! C'était promettre plus qu'on ne pouvait tenir, et d'ailleurs on raconte que le Maire M. Silvain Lunais, a déclaré solennellement que sous son administration la liberté des deux sociétés musicales, ne serait pas entravée par la municipalité.
        A l'assemblée, le jour et le lendemain le Curé entouré des musiciens de la Fanfare, et des enfants de choeur, donne l'exemple de l'entrain les encourageant aux jeux et mettant à l'épreuve leur adresse et leur habileté

Notre avenir d'après le Spiritisme

        Un détail à noter, à la suite des élections municipales: Le Sieur Volant-Delétang, ancien chef de notre Fanfare, après avoir successivement essayé du spiritisme et de la politique, vient enfin de parvenir à se faire nommer conseiller municipal arrivant bon dernier au 2e tour de scrutin; ce qui porte à deux le nombre des conseillers municipaux qui font partie de l'Union Musicale et qui la patronnent: ce sont M.M. Blondeau-Caraty adjoint au maire, et Volant-Delétang déja nommé. Ce dernier a parait-il la prétention de fondre en une seule, les deux sociétés rivales, et d'en faire une musique Municipale!! Nous n'y sommes pas rendus!! La Fanfare d'Athée ne voulant pas faire de politique, entend conserver son autonomie et sa liberté complète de se choisir un maitre, et n'acceptera jamais la dépendance de l'autorité municipale d'ailleurs trop changeant à notre époque, pour assurer à une société la durée et la tranquillité.
        Nous respectons les droits de la municipalité mais nous ne voulons à aucun prix lui sacrifier nos gouts, nos habitudes et surtout notre liberté.

La Bête Noire

        Le Dimanche dix Juin vers 5h du soir la fanfare se rendit au parc du Chateau de la Chesnaye pour faire une répétition préparatoire au Concours de Paris.
        A la suite de cette réunion, M. le Curé fut interpellé par M. Lunais maire, qui lui demanda amicalement s'il consentirait à ne plus jouer dans les rangs de la Fanfare sur la place publique et dans les rues. L'abbé Mesnage répondit à M. le Maire, que pour lui être agréable à lui mais à lui seulement, il consentirait à s'abstenir de jouer sur la voie publique, mais à la condition formelle que personne ne dirait que le maire ou le conseil municipal avait empêché le curé de sortir pour jouer avec les musiciens, car le Curé d'Athée ne reconnait point à la municipalité le droit de restreindre en quoi que ce soit sa liberté d'electeur et de citoyen.
        Il fut convenu que M. le Maire ferait part de cette condition à ses conseillers, et qu'il demanderait aussi à M. Boyer instituteur, de se montrer aussi conciliant que le Curé de la paroisse, et de s'abstenir comme lui de sortir dans les rangs de l'Union Musicale.
        M; le Curé prévint M. Lunais que probablement les membres de l'Union, remarquant son absence dans les rangs de la Fanfare, insulteraient un jour ou l'autre nos musiciens.
        Mais dès qu'on prétendra avoir par ordre empêché le Curé de sortir en public, le susdit curé revendiquant ses droits reprendra immédiatement son instrument et fera comme par le passé.
        Il y a tout de même des gens aux quels une soutane noire, produit l'effet des manteaux rouges sur les taureaux des arènes!! Il faut être passablement poltron pour être obligé d'enfermer chez lui un pauvre petit curé de campagne qui n'a jamais mordu personne mais dont la vue seule sur nos grands chemins, effraie parait-il horriblement les braves à trois poils du Conseil municipal !!!!

En route pour le concours

Concours de Versailles

        Le Samedi 16 Juin à 3h1/2 du soir, la fanfare prit la route de St Martin le Beau, avec armes et bagages, se dirigeant vers Paris vers Versailles. Il fut impossible de jouer en public au départ, à cause de l'absence d'un certain nombre de musiciens qu'on ne devait retrouver qu'à St Martin le Beau. Mais en arrivant au bourg de St Martin le Beau, on exécuta avec entrain un mélodieux Pas Redoublé, pour se rendre à la Gare. La plupart des habitants sortirent à leurs portes pour admirer nos chers musiciens.

Tableau de la troupe

        Voici les noms de tous ceux qui prirent part à ce voyage, et le montant des souscriptions.

André Martin chef30 Emile Landré30
Honoré Fouassier S/chef Edouard Legeard30
Albert Martin (remplaçant M.le Curé) Albert Germain30
Aimé Cousin Jules Hardion15
Paul Hardion15 Emile Hardion15
Aimé Audiger30 Anselme Raimbault15
Henri Bruneau30 Hippolyte Thiou
Antonin Girard30 Auguste Saulquin
Désiré Imbert Emile Legeard
Emile Bardet30 Georges Maillard43
Arthur Chotard30 (Souscripteurs)
Edouard Thiou
Albert Gallicher30 M. Collinet200
Emile Raimbault15 Me la baronne Liébert100
Edouard Saulquin30 de Nitray
Desbois M. le Curé40
Roux Anonyme30
Arthur Terriet30
Auguste Fillet

Ceux qui n'avaient pas souscrit, se chargèrent de leurs frais de route et bénéficièrent des réductions accordées aux autres sociétaires, soit en voyageant avec les autres par billet collectif, soit en prenant des billets individuels qui leur permettaient de revenir avant le groupe de musiciens.
        Nous donnons ci dessous le spécimen de la carte qui fut délivrée par le comité de Versailles, à chacun des voyageurs se rendant au concours.

Au chemin de fer

        Au départ de St Martin le Beau, un bon nombre de jeunes gens du pays venus assister aux adieux crièrent à plusieurs reprises Vive Athée !!! Les musiciens répondirent par des salutations; et enfin le train s'éloigna. M. le Curé qui avait accompagné la musique jusqu'à la Gare, reprit le chemin d'Athée.
        Le prix du billet de chemin de fer pour l'aller et le retour de Paris, grâce aux réductions de la Compagnie s'éleva à 11,70 par personne. Il fut convenu à l'avance qu'à Versailles, chez M. Saizeau-Nivert, les repas de la journée du Concours, s'élèveraient à 5 par tête, et que le coucher à Paris chez M. Albouze Hotel du Nord 90 Faubourg St Antoine, serait fixé à 1,75 par personne et par nuit pour quatre nuits. Tout étant ainsi prévu, le Trésorier Général M. Auguste Saulquin devait remettre à partir du Lundi matin, à chaque membre souscripteur et chaque jour, la somme de quatre francs destinée à subvenir aux frais de nourriture de la journée.

A Tours

        En arrivant à Tours, la fanfare, guidée par notre ami M. Fernand Labbé qui était venu au devant des musiciens, se rendit rue de Bordeaux chez M. Ulrich Robert restaurateur, où quelques uns prirent un potage réparateur.

Vers Paris

        A huit heure quinze du soir, le train qui emportait nos artistes, quittait la gare de Tours. Mais ce fut une déception quand on s'aperçut que la machine prenait la direction de Vendôme au lieu de celle d'Orléans sur la quelle on avait compté. Le temps était superbe au départ, le train roulait agréablement mais après la traversée de la Loire, ce fut un cahotement indescriptible on était secoués comme des bouteilles que l'on rince.

Un nuit en wagon !!

        La lune s'étant décidée à nous servir de lanterne, nous eûmes le plaisir de contempler des plaies immenses qui nous produisirent l'effet d'un désert. La nuit se passa pour les uns au bruit des chansons, pour d'autres autour d'un jeu de cartes, les affamés tuèrent le temps an attaquant fortement les provisions de bouche, enfin les gens sérieux essayèrent de fermer l'oeil mais le bruit, et le cahotement des wagons empêchèrent le sommeil.

A travers la Capitale

        En arrivant à Paris, sous la conduite du gai camarade Roux, nous nous dirigeons vers la Gare Montparnasse afin de prendre la direction de Versailles, mais avant d'envahir le chemin de fer on se préoccupe avec raison de déjeuner confortablement. On s'installe donc avec appétit dans une gargotte à l'enseigne que voici : "A la renommée des huitres et des escargots!!" là, partageant le reste de nos provisions, nous arrosons le tout d'une détestable piquette qu'on nous vend pour du vin à raison de 1,20 le litre.
        Pendant ce temps, notre trésorier A. Saulquin et Jules Hardion après avoir hélé une voiture, s'en allaient avec les malles et les valises, installer notre bibelot à l'hotel du Nord chez M. Albouze Faubourg St Antoine, où il leur fallut remplir les fonctions de portefaix pour grimper au 4e étage notre matériel de route. De là ils nous rejoignirent et nous voilà sur la voie de Paris-Versailles.

Versailles

        Partis de Paris vers 7 heures, après avoir traversé de charmants paysages, nous arrivons à Versailles et nous nous présentons chez notre compatriote M. A. Saizeau-Nivert restaurateur rue de Satory. Ce fut une réception des plus cordiales, après quoi chacun en attendant l'heure du concours, s'en alla visiter diverses parties du Chateau, du parc et des jardins.
        A huit heures et demie, nous partons au son d'un brillant pas redoublé pour nous rendre rue des "Rossignols" où devait avoir lieu le concours. Là sous un soleil de plomb, et blottis dans un coin de ruelle où la chaleur était déja suffocante, nous attendons pendant une heure Ces Messieurs du Jury!! La fatigue du voyage, et surtout le manque de sommeil nous avaient accablés, quelques uns s'étendirent sur le trottoir, d'autres cherchant l'ombre qu'ils ne trouvaient point, baillaient à s'en décrocher la machoire, c'était un spectacle peu encourageant.

Lecture à vue

        Enfin vers 10h le Jury escorté par une des sociétés rivales arrive devant nous, et aussitôt commence le concours de lecture à vue.
        L'examen avait lieu dans une petite cour basse qu'on pourrait bien appeler "basse-cour", elle était d'une malpropreté révoltante et des plus défavorables à l'acoustique par suite de l'élévation des maisons voisines qui l'enfermaient de tous cotés. Satisfaits de notre exécution, pleins d'espoir dans la récompense, nous reprenons la route de notre restaurant où nous allons déjeuner le coeur à l'aise !!!

Exécution

        L'appétit ne manquait pas et lorsque l'on sortit de table, la force et l'énergie étaient revenues sur tous les visages. A une heure nous étions à notre poste pour attendre le concours d'exécution. On attend de nouveau le Jury qui n'a rien de commun avec l'exactitude militaire ou la ponctualité des employés du chemin de fer. A ce moment nous remarquons une longue conversation qui s'établit entre le président du Jury et le Chef de la fanfare de Villeneuve-la-Guyard, une de nos concurrentes. Ce colloque nous laisse des soupçons et nous prévoyons un tripotage? Malgré cela chacun de nous remplit courageuseuement son devoir, et notre exécution est des mieux réussies. Le public, si bon juge en pareil cas applaudit avec entrain, ce qu'il ne fit pour aucune autre des sociétés rivales. Ceci n'empêcha pas le Jury de nous décerner deux seconds prix.

Morceau d'ensemble

        Pendant le concours d'honneur, les uns pour passer le temps allèrent s'étendre à l'ombre, les autres se promenèrent, en attendant l'heure du défilé. Vers cinq heures, au moment où nous nous mettions en marche pour aller exécuter le morceau d'ensemble sur la place St Louis, et pour se rendre au théatre des Variétés où était fixée la distribution des prix, la chaleur se calma tout à coup et le temps se couvrit subitement. On se mit en ordre pour le défilé, 112 sociétés y prirent part, nous étions placés vers le milieu du cortège, la pluie commença avec le départ des sociétés et lorsque le Chef donna le signal du morceau d'ensemble, une véritable trombe d'eau s'abattit sur nous, et ne cessa que lorsque le morceau fut terminé.

Les prix

        Seul notre chef A. Martin et notre porte-drapeau A. Raimbault pénétrèrent dans le théatre pour la distribtion des récompenses. Pendant ce temps notre commissaire M. Paul Segretain nous fit visiter Versailles en détail et dans une heure environ nous fit admirer les principales parties du chateau qui nous intéressa vivement.
        Notre drapeau revint chargé de deux palmes une de vermeil et une d'argent, 2e prix de lecture à vue et 2e prix d'Exécution, plus une jolie médaille commémorative en vermeil. Il faut dire que d'après l'opinion des sociétés concurrentes sauf une, nous avions mérité le 1er prix de lecture à vue.

Fête dans la rue

        Vers sept heures du soir nous étions de retour rue de Satory où notre hôtesse Madame Saizeau nous réclama un morceau de musique. A peine avions nous fini, qu'une Société musicale qui logeait dans un restaurant voisin, se mit à nous répondre. Il s'en suivit un concert qui ne prit fin qu'à la nuit et qui fut cloturé par notre pas Redoublé Patriotique que la foule qui obstruait la rue applaudit frénétiquement.
        Pendant notre diner, un cornet à piston d'une société voisine s'étant installé à une fenêtre pour jouer des airs de danse, une joyeuse troupe de jeunes gens et jeunes filles se mit à exécuter une sarabande entrainante qui donnait un air de fête des plus pittoresques.

Retour de Versailles

        A onze heures ce fut le moment de la séparation, nous disons adieu à nos hôtes et nous reprenons le chemin de fer. La Grosse caisse arrivée trop tard pour être enregistrée resta en consigne pendant deux jours, et quand on descendit du train dans la Capitale Jules Hardion qui réclamait son piano (lisez Grosse Caisse) en compagnie de Martin notre chef, faillirent manquer l'omnibus que nous avions pris d'assaut pour nous rendre à l'Hotel du Nord. Arrivés place de la Bastille un loustic manquait à l'appel: c'était Albert Gallicher qui avait disparu, voilà le chef dans une inquiétude mortelle !! Heureusement en arrivant à l'hotel nous retrouvons cet évadé qui avait eu la bonne fortune de profiter d'un fiacre que nos amis Emile et Edouard Legeard avaient réussi à se procurer.

Lutte héroïque à l'hôtel du Nord

        Dans cet hôtel ?? les punaises avaient dû jeuner car plusieurs des nôtres s'aperçurent de leur voracité et se réveillèrent avec un véritable tatouage sur la figure et les bras. La première nuit quelques uns dormirent mais d'autres durent faire une chasse héroïque à ces charmantes petites bêtes qui voulaient goûter du Tourangeau. Le matin ce fut un branle bas les uns voulant déguerpir avant le jour, d'autres voulant faire la grasse matinée pour se venger de la chasse infructueuse qu'ils avaient faite toute la nuit.

Remède infaillible du Docteur . . . Roux !

        A noter en passant le remède suivant préconisé comme infaillible par notre mai Roux, pour éloigner la nuit les punaises et autres carnassiers du même modèle :"Mettez sur votre table de nuit votre revolver, et vos chaussettes à la porte de votre chambre, mais n'oubliez pas auparavant de laisser vos pieds suer dans vos chaussettes, avec ce moyen vous dormirez tranquille."
        Chacun à son tour fut donné en pâture à ces insectes dévorants. Chotard, E. Landré, A. Germain, G. Maillard en portent encore les marques et n'en sont pas plus fiers pour cela.
        Dans la matinée du lundi, M. Le Curé recevait deux lettres lui donnant le résultat du concours et des nouvelles de la troupe, le bourg d'Athée se réjouit de l'heureux résultat.

Chez Sauvineau

        Cependant nous nous rendons tous déjeuner chez un de nos compatriotes depuis quelque temps établi à Paris, M. Sauvineau. Les chansons et monologues y prirent une place importante, Anselme Raimbault y eut un certain succès tant et si bien qu'une bande de jeunes badauds s'était accumulée devant l'établissement M. Sauvineau dût jouer du balai pour faire circuler ces auditeurs inutiles.

Dislocation

        A partir de ce moment une dislocation générale fut décidée on se donna rendez vous au Jeudi soir départ pour Athée, le Trésorier afin de pouvoir distribuer chaque matin à tous les membres la ration du jour, imposa une heure fixe à l'hotel du Nord pour passer à sa caisse, et l'on se sépara pour circuler dans Paris et dans l'exposition.
        La plupart des musiciens ne connaissaient point Paris, ou n'y étaient venus qu'en passant, aussi comme l'occasion était bonne, ils employèrent bien leur temps, et visitèrent les choses les plus curieuses et les monuments les plus importants, ils eurent quelques déboires mais beaucoup de plaisir. Les incidents seraint trop nombreux pour figurer ici, les appréciations de chacun varient d'ailleurs suivant les gouts et ce qu'on peut dire en général c'est que le souvenir de ce voyage est pour tous un charmant et doux souvenir.

4 Jours à Paris

        La vie à Paris n'est point monotone par ces temps d'Exposition. Le matin la plupart de nos artistes déjeunaient économiquement, il y en a même qui avec deux sous avaient à déguster une bonne et affriolante assiette de soupe qui les conduisait jusqu'à midi. Après avoir arpenté l'asphalte toute la matinée, écarquillé les yeux pour ne rien oublier, on se sentait à midi un appétit féroce, puis une fois lestés, on enfilait l'Exposition pour y admirer les palais et leurs merveilles, enfin le soir on dinait confortablement et l'on se mettait au lit. Quelques uns rentraient parfois un peu tard et deux ou trois firent des rencontres un peu compromettantes : A. Girard parait il se débarassa d'une solliciteuse par un tour de main qui pour n'être pas bien galand, n'en fut que mieux senti. A. Raimbault, pour avoir la paix, se réclama de ses moustaches grises et de son air plus ou moins antique. De ci de là, on se retrouvait sur la voie publique mais chacun cherchait ses distractions suivant ses gouts et ses moyens.

L'Exposition

        L'Exposition fut une des choses qui captiva le plus l'attention de nos artistes il ne pouvait en être autrement. La variété des décors, la foule bariolée qui s'y porte, les curiosités qui y sont accumulées tout y attirait les visiteurs. Nous ne pouvons ici donner la moindre description de ces merveilles, le temps et l'espace nous manqueraient, il serait d'ailleurs impossible de rapporter les appréciations de chacun. Celui-ci réclamerait en faveur de la tour Eiffel, l'autre en faveur des machines, celui-là admire les palais, cet autre les attractions. Notons pourtant une cocasserie aperçue par l'un des nôtres.

Petite Pluie

        Le trottoir roulant cette invention divertissante malgré son bruit assourdissant, était le théatre de petites scènes d'un comique achevé. Sans parler des nombreuses chutes et cabrioles qu'il occasionne chaque jour, il s'y passe parfois des choses bien plus amusantes encore. Un jour une brave provinciale s'y trouvait avec sa petite fille agée de 3 ou 4 ans. L'enfant se trouve tout à coup prise d'un besoin urgent. L'administration du trottoir roulant n'ayant rien prévu pour ce chapitre, la nécessité s'imposait de ne pas remettre à plus tard. Pendant que l'enfant satisfaisait aux exigences de la nature, un certain nombre de visiteurs qui s'étaient attablés en plein air à l'un des nombreux restaurants du voisinage déjeunaient avec appétit sous la plateforme roulante. L'un d'eux s'aperçoit tout à coup que quelques gouttes tombaient dans les assiettes et les verres. (Schoking !!!!) "Tiens! dit il en regardant en l'air, je crois qu'il va pleuvoir !!!!!" Effectivement le temps était couvert mais les spectateurs de la plateforme ont bien ri . . . .
        La chaleur, la poussière, le soleil, enlevaient une partie des charmes de cette excursion à travers les superbes édifices de l'Exposition, mais la gaité n'abandonnait pas nos jeunes gens.
        Quelques uns tels notre Chef A. Martin, Emile et Edouard Legeard rendirent visite rue Beaujou à Madame le Baronne Liébert de Nitray chez laquelle nos camarades Imbert et Fouassier étaient logés. ILs y furent reçus avec générosité et on leur offrit à déjeuner.
        Entre temps, quelques uns vont au théatre, d'autres s'envolent dès le matin pour aller voir le tourbillon des maraichers bouchers, etc. aux Halles Centrales. Paul Hardion se plaint de ce qu'à Paris, si l'on paye pour manger, on paye presque autant pour le contraire!!

Le retour

        Les promenades prirent fin le Jeudi soir et à minuit nous prenions le train pour rentrer au logis. Notre Trésorier A. Saulquin mérite une mention spéciale pour l'empressement qu'il mit à nous tirer d'embarras car les employés de la Gare ayant égaré notre feuille coillective, étaient disposés à nous laisser pour compte, enfin grâe à lui tout s'arrangea.
        Que vous dire du retour? ce n'était plus la joie mais la lassitude qui trônait dans tous les compartiments; cette fois on dormait ferme et les chansons s'étaient endormies dans le gosier des chanteurs.

A la Boule d'Or

        On arrive enfin le Vendredi matin vers 7 heures à St Martin le Beau; la tenue est excellente, M. Le Curé est venu nous attendre, on s'organise pour défiler, on place au drapeau nos deux superbes palmes avec la belles médaille commémorative et aux accents du pas redoublé "Nicolas II" nous traversons les rues de St Martin le Beau, salués par un grand nombre d'habitants qui nous attendaient au passage. Une halte assez longue à l'hotel de la Boule d'Or chez notre ami Maillart, nous permet de reprendre quelques forces, et toujours au son de la musique, nous reprenons le chemin d'Athée. Madame Maillart, épouvanté, ne peut plus reconnaitre son pauvre Georges, au quel les punaises de Paris avaient sculpté la figure d'une singulière façon!!!

A la Chesnaye

        Vers 9 heures et demie, la fanfare entrait au chateau de la Chesnaye précédée d'un écusson orné de verdure, sur lequel on avait disposé les nouvelles récompenses. M. Collinet reçoit les musiciens et les félicite de leurs succès. Alors s'avance le jeune Léon Legeard, portant une immense gerbe de fleurs, artistement arrangée par M. Bardet et offerte à notre chef A. Martin par M. Collinet; puis le jeune Marcel Vernon portant un autre superbe bouquet oeuvre de Madame Raimbault-Huret, offert à notre Sous-chef H. Fouassier. Léon Legeard prenant la parole, prononce le discours suivant :
               "Messieurs les musiciens :
        "Les fleurs que nous vous offrons aujourd'hui, vous sont une preuve de la joie que nous causent à tous, vos succès au Concours de Versailles; nous attendions avec impatience le plaisir de vous revoir pour vous féliciter et vous dire combien nous sommes heureux de votre triomphe.
        "Vous avez eu le bonheur de voir l'Exposition Universelle, de visiter Paris, en un mot, vous avez fait un charmant voyage; nous envions votre sort; mais nous nous réjouissons en songeant que c'est pour vous la récompense de vos travaux et le couronnement de vos oeuvres.
        "Permettez donc à vos amis, d'offrir par nos mains et en notre nom à tous, ces deux bouquets à notre excellent chef et à votre aimable Sous-chef.
        "Et laissez nous crier avec tous ceux qui vous aiment :
                      Vive la fanfare d'Athée."
A peine avait-il achevé, qu'un formidable coup de canon, tiré par M. Robineau, le fit reculer de saisissement, c'était pour annoncer au bourg notre arrivée.

Entrée au bourg

        Nous nous mettons en marche et précédés des deux bouquets et des récompenses, nous entrons à Athée au son d'un joyeux Pas Redoublé. Nous traversons le bourg et nous rentrons chez M. Chotard où a lieu la dislocation.
        Pour la première fois, et pour tenir sa promesse faite à M. le Maire, M. le Curé ne prit pas son instrument dans les rues, il suivait les rangs, portant à la boutonniére l'insigne des membres honoraires.
        Ceci n'empêcha pas le plumitif de l'Union Musicale de parler comme il suit, dans son torchon Wilsonnien: (La dépêche 23 Juin).

Un aimable historien

        "Vendredi dernier, la fanfare d'Athée (le curé Ménage directeur de fait) était de retour du concours de Versailles nous rapportant un 2e et un 3e prix.
        "Il semble bien, à bon nombre de personnes, que par politesse, la fanfare d'Athée, doit partager les récompenses obtenues, avec les musiciens étrangers au pays qui ont pris plus qu'une large part à l'exécution des morceaux ayant servi à rapporter ces lauriers. (Ouf!!!!)
        "On dira que MM. les musiciens étrangers à la commune, très malins, ont visité l'Exposition .... à l'oeil; ce n'est pas une raison. Ils doivent être au profit et à l'honneur.
        "Les musiciens étrangers étaient ainsi répartis: trois de Tours, un de Montlouis, un d'Azay S/Cher deux de Bléré, deux de St Martin le Beau, au total neuf."

Leçon de calcul

        Ce qu'on oublie de dire, c'est que sur ces neuf, trois seulement sont étrangers à la fanfare, les autres sont tous membres exécutants ou tout au moins membres honoraires. Et sur les trois dont il est question l'un avait été chargé de remplacer M. le Curé qui ne pouvant venir au concours l'avait prié de s'y rendre pour lui.

La Fête-Dieu

        Le Dimanche 24 Juin la fanfare qui n'avait pû pour cause d'absence, préter son concours le 17 à la première procession de la fête-Dieu, prit part à la deuxième qui fut ainsi plus solennelle et se fit au chateau de la Chesnaye et dans le bourg. Ce fut au milieu d'une foule nombreuse, et devant de superbes reposoirs que se déroula le cortège.
A la Chesnaye le reposoir placé sous le grand ormeau près du Colombier était d'un effet remarquable. la fanfare qui avait joué des marches religieuses pendant tout le parcours, exécuta devant l'autel le morceau choisi du concours de Versailles.

L'artillerie endomagée

        Le canon, tiré par M. Robineau, annonça la bénédiction du St Sacrement, mais par un hasard malheureux un des pivots de la pièce d'artillerie se brisa et rendit muet ce cher petit canon que sans doute on remplacera bientôt.

Retour à la liberté

        C'était M. L'abbé Pinault Vicaire à la Cathédrale de Tours, qui présidait la procession.
        Ce jour là M. Le Curé, malgré l'article malveillant qu'on a lû plus haut, crut devoir encore une fois s'abstenir de jouer en public ou du moins sur la voie publique pour montrer à M. le Maire qu'il respectait jusqu'à l'excès la promesse à lui faite. Mais après la procession, pendant que les musiciens prenaient un rafraichissement au presbytère, M. le Maire étant venu pour des affaires de Fabrique, la conversation tomba sur les succès de la Fanfare, alors M. le Curé signala à M. Lunais l'article du journal, et lui dit qu'à partir de ce jour, en raison des mauvaises plaisanteries occasionnées par son absence dans les rangs, il reprendrait sa liberté et se considérait comme délié de sa promesse.
        On comprend que M. le Maire ne fut pas satisfait mais il fut prié de s'en prendre aux auteurs de l'article, ce qu'il fit parait-il avec une véritable énergie.

Bien embarrassés

        Seulement la fraction du Conseil municipal qui avait voulu imposer silence à notre curé, se trouvant désapointée, on fit courir le bruit que pour couper court à tout, on n'inviterait cette année aucune des deux musiques pour la fête Nationale. C'était assez malin car l'Union Musicale n'étant pas en nombre, trouvait dans cette combinaison une bonne occasion de cacher sa faiblesse.
        Cependant le 9 Juillet 1900, M. le Maire fit adresser à M. A. Martin notre chef la lettre suivante :

Invitation

                      "Monsieur
        "J'ai l'honneur de vous inviter, ainsi que tous les membres de votre société, à bien vouloir prendre part à la Fête Nationale qui aura lieu samedi prochain et qui commencera à 1 heure par la distribution de prix à l'école des garçons.
        "Recevez Monsieur le Chef de musique, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
                      "Le Maire
                      "Lunais."
        Tous les membres y compris M. Le Curé acceptèrent l'invitation.

Lisez moi ça!!!

        Le 11 Juillet 1900, M. le Maire écrivait à M. le Curé la lettre que voici :
                      "Monsieur
        "Comment se fait-il, qu'après mavoir promis que vous ne joueriez plus dans les rues avec vos musiciens, vous m'avez dit Dimanche 24 Juin que vous recommenceriez et que le jour du 14 Juillet vous sortiriez.
        "Vous m'avez donné comme déconvenue que c'était parce qu'il y avait un article contre vous sur le journal. Comme ce n'est pas moi qui l'ai fait et vous le savez bien, j'aimerais mieux que vous me disiez au juste et par lettre, pourquoi vous voulez y mettre de l'entètement. Je vous ai dit que pour me faire plaisir, je voudrais que vous ne fassiez pas de musique dans les rues, tant qu'à vos musiciens, je ne leur en empêche pas puisque je les invite comme l'autre musique à venir jouer samedi prochain. Tant qu'à vous Monsieur je vous répète de rester chez vous si vous teniez comme vous me l'aviez dit à me faire plaisir.
        "en attendant votre réponse recevez mes salutations
                      "Le Maire
                      "Lunais"

Cherchez la plume !!!

        A quoi M. Le Curé ne répondit rien. rien. rien... Ah ! oui il savait bien que ce n'était point M. Le Maire qui avait fait l'article du journal mais il savait bien aussi que ce n'était pas lui qui avait fait la lettre ci-dessus; elle était bien il est vrai de son écriture, mais pas de son style ! oh ! non !!!!

Précieuse collection

        Pendant ces heureux jours, un charmant jeune homme, fils ainé de notre illustre instituteur, occupait ses loisirs à faire de la photographie et pour conserver à la postérité les physionomies précieuses de notre nouveau Conseil Municipal les portraitura en groupe à peu près au complet. (Douard était absent.)

Vincendeau. Volant-Perret. Blondeau (adj.). Renard (Garde-Champ.). Moreau. Vollant-Delétang. Briais.

Gallicher. Suet. Lunais (Maire). Boileau. Hardion-Pelé.

V'la tout l'conseil municipal
Debout en grande tenue!
Des complets marrons
Et des chapeaux ronds
Dam' c'est pas d'la pt'it bière
Tous ces gaillards là
Ils ont pigé ça
A la bell' Jardinière !! (bis)



Fête Nationale

        La fête Nationale s'ouvrit avec un programme en tout semblable à celui des années précédentes,
        La première partie faillit ne pas marcher du tout, à l'Ecole des garçons, le conseil municipal et M. l'instituteur attendaient vainement les musiciens de l'une ou l'autre société; enfin M. le Maire fut obligé de les envoyer chercher par le Garde Champêtre.
        Etaient présents : le Conseil Municipal, plus 2 dames, et enfin les enfants.!!! ce fut bientot fait. Sitot fait que la municipalité, précédée de l'Union Musicale arriva chez les institutrices avant l'heure indiquée ce qui mit le trouble le plus parfait dans l'organisation de cette cérémonie.
        On se rendit de là aux courses de bicyclettes puis aux autres jeux M. le Curé était dans le rang des musiciens.
        Le Presbytère était richement pavoisé aux armes de la fanfare et au chiffre de la République avec de nombreux drapeaux français.

La Carmagnole

        Vers 9 heures, pendant que nos braves conseillers, pompiers et autres banquettaient chez M. Moreau leur collègue, La fanfare aidée de M. le Curé se mettait en devoir d'illuminer le Presbytère du coté de la rue avec une immense guirlande de lanternes vénitiennes, qui furent habilement grimpées sous la toiture par l'intérieur du grenier. Les convives d'en face, mis en train par ce spectacle, entonnèrent la Carmagnole et les couplets furent chantés par l'ancien adjoint dit Grain de Sel, ça vous avait un léger parfum de révolution et de révolte.

Mont' député !!!

        Le Sieur Moreau prononça un discours politique dont le résultat fut de faire dire à quelques têtes chaudes, qu'on allait descendre les lampions du Curé et flanquer tout cela dans la rue!!!! Alors le Sieur Moreau aidé du Maire finit par rétablir le calme et défend au sieur Gerbier le plus ardent, d'entraver la liberté le jour même de la fête de la République.
        A la retraite aux flambeaux ou plutôt au feu d'artifice d'ailleurs très réussi les deux musiques se sont présentées, mais comme toujours, l'Union Musicale était éclipsée par nos nombreuses lanternes et torches, ainsi que par les flammes de bengale qui nous suivaient et s'allumaient à chaque instant.

À suivre ....
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